Fiche de danse

Suite de l’Oust et du Lié

Version Loudéac - Trévé

Terroir

Pays de Loudéac

Famille de la danse

Branle ancien

Rédacteurs de la fiche de danse

Fiche de danse rédigée en 1969 par Georges Paugam, avec la collaboration du Cercle Celtique de Loudéac.
1ere mise à jour en 1997 par Jacqueline Druays et Alain Le Noac’h. 2e mise à jour en 2015.

Appellation

La danse était probablement nommée « ronde », voire « rond » au XIXe siècle. On retrouve ce terme dans L’Enquête Fortoul (Rousselot, inspecteur à Loudéac). Par la suite, les enquêteurs l’ont nommée « ronde de l’Oust et du Lié » pour la situer géographiquement, et l’usage en a fait « la ronde de Loudéac ».

Situation géographique et historique

Comprise dans un territoire assez vaste, la suite  a perdu par endroit, soit la 2e ronde, soit le passepied, disparus ou remplacés par des danses d’inspiration plus moderne. Cette ronde est limitée au sud par le pays de Pontivy et le pays d’en dro, à l’ouest et au nord-ouest par la frontière linguistique. Vers l’est, l’extension maximum de cette danse n’a pas été fixée, mais nous savons qu’elle a été connue jusqu’à Plessala et Collinée. D’autres enquêtes permettront de déterminer ce qu’a été le territoire de la ronde vers l’est. Ce terroir englobe les communes se situant sur un rayon de 15 à 20 km autour de Loudéac. La porosité de certaines frontières a permis à certaines communes, en particulier à l’ouest et au sud du territoire, de pratiquer une autre danse en parallèle ou de porter une autre mode vestimentaire (Saint-Gilles-Vieux-Marché, Caurel, Croixanvec, Saint-Gonnery…).

Informateurs et témoignages

Etude réalisée à partir de 1965 par messieurs Y. Jegou, M. Le Bris et A. Le Noac’h. Il existe également un film réalisé par Jean-Michel Guilcher à Saint-Guen. Enfin de nombreux collecteurs ont travaillé sur ce terroir : pour l’est du territoire Jean-Pierre Pelette, Marcel Colleu, la Magnétothèque du Mené, pour l’ouest le cercle celtique de Mûr-de-Bretagne, Marie-Noële Le Mapihan...

Occasions de danse

Tous les rassemblements de population étaient des occasions pour danser : noces, pardons, fin des grands travaux agricoles (batteries, garetteries…), fileries, pesselleries, veillées (1er de l’an…), le dimanche dans les cafés, danses organisées pour les fêtes (fêtes locales, 14 juillet… En mai 1945 à Mûr, fête de l’Armistice, danse à la ronde organisée par la municipalité), les concours de danse (Saint-Guen fête de la Madeleine, pardon de Saint-Elouan, Saint-Pabu… ces concours ont été organisés jusqu’à la fin des années 1950).

Origine et famille de danse

Cette ronde tire son origine d’une danse fondamentale dont l’extension vers l’ouest et le nord-ouest a, sous des formes ou des styles différents, donné naissance aux danses que nous connaissons sous les noms de « fañch », « plinn » et « dañs Treger ».

Forme et structure de la danse

C’est une ronde. Danseurs et danseuses alternés se tiennent par le petit doigt. Le déplacement vers la gauche est latéral (danseurs perpendiculaires à la ligne de danse).
La suite obligée de l’Oust et du Lié comprend 4 parties : ronde, baleu, ronde, passepied. C’est la suite traditionnelle complète.

Tenue et mouvement des bras

Mouvement des bras dans la ronde
Bras et avant-bras forment un angle droit pendant tous ces mouvements (les coudes sont donc bloqués). L’oscillation (ou balancement) se fait à partir de l’épaule. Nous décrivons seulement l’arc de cercle tracé par les mains, dans le plan vertical, par deux expressions valables pour toute la suite.
A : Légère oscillation : mains allant au niveau de la ceinture à mi poitrine, de bas en haut sur les temps impairs, de haut en bas sur les temps pairs.
B : Oscillation plus ample : mains allant au niveau de la ceinture à la hauteur des épaules, de bas en haut sur les temps impairs, de haut en bas sur les temps pairs.

Soit pour la ronde :

Temps 1 : légère oscillation vers le haut
Temps 2 : légère oscillation vers le bas
Temps 3 : oscillation plus ample vers le haut
Temps 4 : oscillation plus ample vers le bas.

Ces mouvements sont nets, mais sans raideur et s’exécutent dans un plan sagittal.

Technique de pas

La ronde (tempo 160 à 174)

Le pas est un motif de quatre temps qui se répète.
Au départ, exécuter un changement de pas latéral sur les temps 1 et 2, pieds derrière la ligne de danse.

Temps 1:  prendre appui sur le pied gauche qu’on déplace vers la gauche d’environ un demi-pas de marche.

Temps « Et » : prendre appui sur le pied droit qu’on rapproche du pied gauche en réduisant l’écart de moitié.

Temps 2 : prendre appui sur le pied gauche sur place.

Temps 3 : le pied droit se pose près du pied gauche, plus avant que celui-ci vers le centre de la danse, de la valeur d’un demi-pied maximum.

Temps 4 : garder l’appui sur le pied droit sans le décoller. Seule une très légère flexion du genou droit marque la scansion entre 3 et 4. Le pied gauche, qui a déjà quitté son appui 3, se porte au niveau du pied droit au niveau de la cheville.

Au motif suivant :
Temps 1 : recul du pied gauche qui reprend appui derrière la ligne de danse, environ un demi-pas de marche vers la gauche.

Temps « Et » : recul du pied droit qui reprend appui derrière la ligne de danse en se rapprochant du pied gauche.

Le baleu (tempo 125 à 140)

C’est un bal à deux. Tous les couples se mettent en rayon et tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (donc les garçons à l’intérieur du cercle ainsi formé). Cavaliers et cavalières se tiennent main gauche dans main gauche, main droite dans main droite ; les bras ainsi entrecroisés se portent à quelque distance devant les bustes, tout en restant en équerre.

La marche

Le pas : C’est une marche vers l’avant. Sur les temps impairs, avancer le pied gauche. Sur les temps pairs, le pied droit vient se poser près du pied gauche. Pendant l’avancée du pied gauche., une légère flexion du genou droit donne à cette marche une allure claudicante, qu’il convient toutefois de rendre gracieuse.

Les bras : Pendant la marche, les bras entrecroisés marquent une légère oscillation de bas en haut sur les temps impairs, de haut en bas sur les temps pairs.

Le bal

Le pas : C’est la formule du pas de la ronde, soit le changement de pas gauche-droite-gauche sur les temps « 1 et 2  », et le double appui du droit sur les temps 3 et 4.
Ces pas s’exécutent strictement sur place, pied gauche près du pied droit à 1 et 2, pied droit légèrement en avant à 3 et 4, puis le pied gauche reprend la même place que précédemment au temps 1 et ainsi de suite.
Les bras : le mouvement d’oscillation des bras entrecroisés a la même ampleur que celui décrit dans la ronde.
C’est un motif à quatre temps qui se répète :
A : Légère oscillation : sur le temps 1 et 2, qui correspond au changement de pas gauche-droite-gauche
B : oscillation plus ample : sur les temps 3 et 4 qui correspond au double appui du pied droit.
La marche se fait sur le couplet du chant d’accompagnement, le bal sur le refrain.

La riquegnée (tempo 125 à 140)

La riquegnée, riqueniée, herqueniée, est le nom local du passepied. Elle se danse en rond. On se tient par les petits doigts. Elle comprend deux parties.

La marche

Le pas : C’est une marche latérale vers la gauche, pied gauche vers la gauche sur les temps impairs, pied droit se posant près du gauche dans les temps pairs, légèrement en avancée, environ un demi-pied avec la même allure claudicante de la marche du baleu.
Les bras : Les bras et les avant-bras formant toujours un angle droit, marquent une légère oscillation régulière, vers le haut sur les temps impairs, vers le bas sur les temps pairs.

Le passepied

Le pas:
Temps 1 : le pied gauche prend appui après un léger saut en avant (le corps est en déséquilibre vers l’arrière). Le saut est très près du sol, ce n’est pas un bond. Chez la cavalière, c’est un petit pas en avant, moins en profondeur que le saut du cavalier.

Temps 2 : le pied gauche garde son appui. Le pied droit, libre dès le temps 1, se porte en avant au niveau de la cheville gauche, en dépassant un peu le pied gauche. On peut marquer une scansion entre 1 et 2 par une discrète extension-flexion du genou gauche ; ainsi que par un faible décollement du talon gauche. (C’est d’ailleurs un mouvement naturel).

Temps 3 et 4 : Recul sur la ligne de danse, en exécutant le changement droite-gauche-droite sur place. Il n’y a pas de déplacement latéral dans le passepied.

Les bras : Les bras et les avant-bras forment toujours un angle droit pendant ces mouvements.

Temps 1 : oscillation plus ample vers le haut.

Temps 2 : petit mouvement naturel de descente, correspondant à la légère flexion du genou gauche au temps 2.

Temps 3 et 4 : les mains décrivent un cercle (sens des aiguilles d’une montre vue sur sa gauche), et continuent leur descente vers le bas au temps 4.

Style

Par ses appuis pris à plat et le peu d’élévation des pieds, cette danse devrait être lourde par le position de bras toujours à l’équerre, elle devrait donner une impression de raideur... Il n’en est rien. Dans cette danse basse, assise, le corps se libère de son attache au sol par le puissant ressort des genoux toujours en légère extension-flexion, qui lui assurent une suspension continue. A cette relative élasticité, viennent s’ajouter les élans retenus des bras, épousant à la perfection les impulsions du corps. Par sa sobriété et sa mesure, par la valeur accordée à ses moindres détails, cette danse a la marque de la grâce paysanne.

Variantes

Il existe de nombreuses rondes jeux, que nous pouvons citer ici comme variantes (picoton, ronde retournée, ronde décrottée...), ainsi que des passe-pieds jeux (Cotissons la nouzille…). Chacune de ces danses possèdent un air qui lui est propre.

Accompagnement musical

Ce terroir est très riche au niveau de l’accompagnement musical. Cependant, c’est le chant l’accompagnement le plus fréquent de la ronde. Cette forte tradition de chant se perpétue encore actuellement. Traditionnellement le chanteur est dans la ronde et les autres danseurs répondent. Il n’y a pas de tuilage. Le mètre des vers n’est pas toujours régulier et le chanteur doit s’adapter. Le tempo varie entre 160 et 176 pour la ronde et 125 à 140 pour le baleu et la riquegnée. Le ritournelles sont très présentes dans le répertoire chanté « Lan liron lonla », « Ghé fala ridondaine »… Les textes sont principalement en français, très peu de gallo. Le couple biniou/bombarde parfois accompagné du tambour était également bien présent dans ce terroir, on en retrouve des traces dès le XVIIIe siècle dans la région de Mûr. Certains sonneurs du début du XXe siècle ont laissé leur trace : Les Donnio de La Motte (père et frère), Pierre Boscher de Saint-Connec… Ils se déplaçaient très loin, du nord du territoire (Ploeuc, Moncontour) jusqu’aux limites du pays de Pontivy (Naizin, Noyal…). La clarinette est aussi attestée sur le terroir, cependant contrairement au pays Fañch voisin, le style n’est pas aussi codé, il faut simplement qu’il y en ait toujours au moins un à jouer. L’accordéon est arrivé après 1914, diatonique dans un premier temps, puis chromatique. Le jâze (accordéon, clarinette ou saxophone, et grosse caisse à pédale) aussi était connu. Enfin vielle et harmonica sont également attestés pour accompagner la ronde mais plutôt dans l’est du terroir (vers le Mené).

Modes vestimentaires

Comme le souligne René-Yves Creston dans son ouvrage Le costume breton, le groupe vestimentaire de Mûr-Loudéac « est la seule exception à la règle qui veut que le port d’un costume affirme l’appartenance de celle ou celui qui le porte à une population bien déterminée ». Ceci s’explique par le fait que ce terroir appartenant en grand majorité au Penthièvre, s’étend aussi en Cornouaille. Le costume connait une unité sur tout le territoire (Mûr, Uzel et Loudéac), malgré quelques spécificités locales. En ce qui concerne la coiffe, appelée « le capot », elle n’a pas cessé de rétrécir entre les premiers témoignages laissés par Lalaisse, et la fin de traditon. Le grand châle (uni le plus souvent noir et parfois brodé, tapis ou tartan) était porté lors d’occasions importantes. Les hommes quant à eux ont abandonné le costume assez tôt, et dès la fin de la première guerre mondiale, il n’y a plus que les hommes âgés qui portent encore le costume ou du moins certaines pièces comme le châpeau.

Ressources

En ce qui concerne l’accompagnement musical ou vocal, les cinq recueils des Chansons de l’Oust et du Lié, fruits des recherches de messieurs Le Bris et Le Noac’h, pourront être consultés, ainsi que les nombreux collectages de : Jean-Pierre Pelette, Bernard Le Borgne, André Lalycan, Marie-Noële Le Mapihan, Roselyne Moisan, Marie-Pierre Balusson, Michel Baud, la Truite du Ridor, le cercle celtique de Mûr…

Cahier Dastum n° 4, 1976
Rondes du Pays de Loudéac , 1987
Chants du Pays de l’Oust et du Lié, livrets n° 1, 2, 3, 4, 5, disponibles à Dastum et à la Coop Breizh ou au Cercle Celtique de Loudéac.
Guilcher Jean-Michel, La tradition populaire de danse en Basse-Bretagne
Bécam Didier, Enquête officielle sur les poésies populaires de la France 1852-1876 collecte bretonne de langue française , UBO, 2000
Mûr de Bretagne , Cercle Celtique de Mûr
Mémoires du pays de Loudéac
Chants populaires de 1854 , pays de Loudéac, Dastum
Cd : Les Mangeouses d’Oreilles, Les Chantous d’Loudia