Fiche de danse

La ronde du père Malnoë

Terroir

Pays Mitaod

Famille de la danse

Ronde-jeu

Rédacteurs de la fiche de danse

Cette fiche a été rédigée en 2016 par Annaëlle Mézac et Françoise Gervaud.

Appellation

La « Ronde du père Malnoë » est le nom usuel donné à cette danse par les danseurs lors des collectages.

Situation géographique et historique

Cette danse a été collectée sur la commune de Saint-Dolay. On sait par les témoignages recueillis lors du collectage qu’il s’agit d’une danse importée tardivement sur la commune, et cela par un danseur l’ayant apprise lors d’une noce vers Saint-Jean-la-Poterie, très certainement le père Malnoë, puisque son nom est resté attaché à cette danse : c’est la ronde « du père Malnoë ». Néanmoins, elle a su séduire et les habitants de Saint-Dolay se la sont appropriée et l’ont dansée. Elle est restée dans les mémoires.

Informateurs et témoignages

Cette ronde a été filmée en 1974 par Georges Paugam à Saint-Dolay.

Occasions de danse

Nous ne pouvons appréhender les occasions de danse qu’à partir des témoignages des collecteurs, les écrits étant assez rares dans ce terroir. Ainsi c’est principalement pendant les mariages, puis par la suite les bals que cette ronde fût dansée. Mais progressivement le répertoire dansé a évolué et cette ronde a été de moins en moins présente jusqu’à ne plus être dansée, car n’étant plus « à la mode ». On ne sait pas exactement à quelle époque cette danse est arrivée à Saint-Dolay, ni combien de temps elle a été dansée.
C’est à partir des années 1960, avec l’arrivée des premiers collecteurs, qui vont témoigner de l’intérêt pour ces danses, que les danseurs de tradition vont se remémorer ce rond. Ainsi plusieurs anciens, qui avaient pratiqué ces danses lorsqu’ils étaient jeunes adultes vont se remettre à les danser. A Saint-Dolay, ces danseurs vont progressivement se structurer en « groupe des anciens » et vont danser lors des fêtes communales, comme par exemple lors de la fête des battages de Saint-Dolay. Cette fête a débuté en 1972 et a perduré jusque dans les années 80, et il était courant de voir les anciens y présenter les différentes danses du terroir. Ils ont conservé encore aujourd’hui, l’habitude de danser ces danses, lors de leurs rencontres.

Origine et famille de danse

Il s’agit d’une ronde jeu, comme on en rencontre de nombreuses sortes, sans que pour autant leurs origines soit connues. Le principe de ces rondes est identique : tout le monde se tient par la main et tourne en chantant. Elle devient jeu lorsqu’il s’agit de choisir un partenaire (rondes à choix), de s’accroupir sans tomber à la fin de la ritournelle (rondes à s’accroupir), de mimer (rondes mimées), de dialoguer avec un des danseurs provisoirement seul au milieu du cercle (rondes dialoguées), de se retourner (rondes à se retourner).

Forme et structure de la danse

Au moment de son collectage, c’est une danse automne, non intégrée à une suite de figures, qui se pratique en position de quadrette sur un double front. Le cavalier est à gauche de sa cavalière, et ils ne se tiennent pas la main.

Tenue et mouvement des bras

On se tient par la main pendant toute la durée de la danse.

Technique de pas

Cette ronde comprend trois parties, correspondant aux trois parties du chant.

Première partie
La première partie correspond à une balade réalisée en 32 temps. Elle est réalisée avec un pas latéral accompagné d’un balancement des bras, les danseurs restant face au centre. La ronde tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. Le départ se fait du pied gauche, vers la gauche. Les bras balancent vers le centre sur les temps impairs.

Deuxième partie
La seconde partie correspond à une imitation des « supplications » en 32 temps. Elle s’effectue sur place, les pieds restant en appui au sol, sans marquer de pas. Les « supplications » sont réalisée en fonction du chant. Sur les paroles « dix ans », on lève les bras tendus vers le haut et sur les paroles « ma mère ! », on baisse les bras tendus vers le sol, en se penchant vers l’avant, sans plier des genoux. On reproduit la même chose sur « dix ans » et « mon père ». Puis tous les danseurs se redressent pour la suite de la danse.

Troisième partie
La troisième partie consiste en une balade rapide en 32 temps. La ronde tourne à nouveau dans le sens des aiguilles d’une montre, les danseurs étant orienté vers la gauche. Le pas est un pas sautillé type pas d’écolier, départ pied gauche.
Temps 1 : on pose le pied gauche.
Temps 2 : saut sur le pied gauche, le genou de la jambe droite se replie vers l’avant.
Temps 3 : on pose pied droit.
Temps 4 : saut sur le pied droit, et le genou de la jambe gauche se replie vers l’avant. Le mouvement des bras consiste en des impulsions les temps impairs vers le haut, sans redescendre complètement comme dans un balancement classique.

Puis on recommence l’enchaînement des trois parties, sans interruption entre le pas sautillé de la troisième partie et le pas marché de la première partie.

Style

Comme toutes les danses du pays mitaod, c’est une danse dynamique et enjouée. Le balancement des bras dans la première partie est ample, les bras montant quasiment jusqu’au niveau des épaules vers l’avant, comme dans le Drao.

Accompagnement musical

Comme dans beaucoup de danse jeu, un chant unique correspond à cette danse. Il s’agit d’un chant « à décompter ». La chanson était menée par un chanteur-meneur, présent dans la ronde, l’ensemble des danseurs reprenant le chant en réponse. Il n’y a aucun « tuilage » entre le meneur et les répondeurs.

Paroles de la ronde du père Malnoë
Ah mon père mariez moi dont car j’en ai grande envie,
Ma fille attends encore 10 ans car t’es bien trop jeunette !

10 ans mon père
10 ans ma mère

Ah non ni non j’n’attendrai pas,
Car mon amant s’ennuie !
Ah non ni non j’n’attendrai pas
Car mon amant s’ennuiera !

Ah mon père mariez moi dont car j’en ai grande envie,
Ma fille attends encore 9 ans car t’es bien trop jeunette !

9 ans mon père
9 ans ma mère

Ah non ni non j’n’attendrai pas,
Car mon amant s’ennuie !
Ah non ni non j’n’attendrai pas
Car mon amant s’ennuiera !

Ah mon père mariez moi dont car j’en ai grande envie,
Ma fille attends encore 8 ans car t’es bien trop jeunette !

8 ans mon père
8 ans ma mère

Ah non ni non j’n’attendrai pas,
Car mon amant s’ennuie !
Ah non ni non j’n’attendrai pas
Car mon amant s’ennuiera !


7 ans, 6 ans, 5 ans … 1 an.

Modes vestimentaires

Le costume porté dans le pays mitaod s’apparente aux costumes portés dans tout l’ancien comté nantais. Dès la première moitié du XIXe siècle, celui-ci diffère donc très peu pour ses mises vestimentaires de celui de Guéméné-Penfao, du Pays de Retz ou encore de la Basse-Loire jusqu’à Saint-Nazaire et même jusqu’à Redon. Costumes féminin et masculin vont très tôt évoluer en fonction des modes citadines. Concernant la coiffe, c’est la dormeuse qui va largement dominer au XXe siècle, sans pour autant être l’unique coiffe portée.

Ressources

Dréan Hervé, Autour de la Roche-bernard - vie et traditions paysannes , Dastum, 1985.
Dréan Hervé, Instant de mémoire : tradition orale populaire autour de La Roche-Bernard en Haute-Bretagne , vol. 1 à 3, Chants et musiques, 2010 à 2012, vol. 4, Histoires, contes et légendes, 2013, vol.5 Fêtes, travaux et croyances calendaires, 2014.

Remerciements

Hervé Dréan, Paul Martin, Philippe Jégou, Yves Leblanc