Fiche de danse

Rond de Missillac

Terroir

La Brière

Famille de la danse

Branle ancien - Ronde de Loire-Vilaine

Rédacteurs de la fiche de danse

Cette fiche a été rédigée en 2016 par Annaëlle Mézac d’après le témoignage de Paul Martin.

Appellation

Georges Paugam a retenu l’appellation « rond de Loire-Vilaine » pour désigner un ensemble de danses qui se pratiquait sur tout le pays paludier, le pays métayer, la Brière, le pays mitaod dans la partie sud-vilaine du Morbihan. Si cette appellation présente l’avantage de spécifier l’aire géographique dans laquelle cette famille de danse a été recueillie, elle ne correspond pas à sa désignation populaire locale, puisque cette danse était simplement appelée « rond » ou « ronde » voir parfois « ridée ». En Brière, il y a peu eu de collectages de réalisés sur la danse, et notamment sur le rond, alors que de nombreux chants pour le danser ont été recueillis. Au vu de l’aire de collectage de cette danse, elle peut être rattachée au pays briéron, bien que très proche du pays mitaod. Bernard de Parades et Georges Paugam vont appeler cette danse le « Rond de Missillac ». Ainsi, pour la rédaction de cette fiche, nous avons préférée l’appellation « rond - mode de Missillac ».  Il est à noter que cette danse a également été nommée « Ronde du Lany » ou « Ronde dite du Lany » puisque notamment collectée au lieu-dit, Le Lany, sur la commune d’Herbignac.

Situation géographique et historique

L’emprise territoriale de cette danse est très mal connue, puisque peu de collectages de danse ont été réalisés sur les communes environnantes, et notamment les communes briéronnes. On sait que cette danse était connue sur les communes de Missillac et Herbignac. De par le fonctionnement et les habitudes de vies des habitants de ces communes, il est possible qu’elle ait également été dansée sur une partie de la commune de La Chapelle-des-Marais.

Informateurs et témoignages

Les sources disponibles pour l’arrière-pays guérandais, qu’il s’agisse de la Brière ou du pays métayer sont très peu nombreuses et ne permettent pas de décrire la ronde telle qu’elle était dansée aussi précisément qu’en pays paludier ou qu’en pays mitaod. Néanmoins, il existe plusieurs témoignages sur une ronde collectée dans la zone nord de la Brière. La particularité de cette mode a très tôt été notée, puisque Bernard de Parades en fait dès 1945 une première description, sur l’air très courant de « Jacques Arnaud ». A cette époque, il la rattache au pays mitaod. En 1974, Georges Paugam va collecter sur la commune de Missillac. Il filmera la prestation « des anciens » lors d’une présentation de danse réalisée en costume et sur podium. Il filmera uniquement le rond mitaod également dansé sur la commune, le contrerond dit « bal des pommes » et une polka piquée. Aucun film ne sera réalisé pour cette forme de rond propre à la commune. En effet, Paul Martin nous apporte le témoignage qu’à cette époque, les danseurs n’ont pas accepté d’être filmés, ne permettant pas une plus large diffusion de cette danse. Paul Martin va collecter et pratiquer cette danse avec les danseurs de l’époque et il va continuer à la pratiquer dans le groupe de danse de Bergon (village de Missillac), qu’il va animer de nombreuses années.

Occasions de danse

Les témoignages recueillis lors des collectages et les écrits sont très rares dans ce terroir. Néanmoins, on peut supposer que les occasions de danse étaient identiques aux communes voisines à savoir lors des mariages principalement ou à la fin de certains travaux des champs comme les battages, puis par la suite lors des bals. Mais progressivement le répertoire dansé a évolué et le rond a été de moins en moins présent jusqu’à ne plus être dansé et disparaître, car n’étant plus « à la mode ». C’est à partir des années 1960, avec l’arrivée des premiers collecteurs, qui vont témoigner de l’intérêt pour ces danses, que les danseurs de tradition vont se remémorer ce rond. Ainsi plusieurs anciens, qui avaient pratiqué ces danses autour des années 1920-1930, vont se remettre à les danser. A Missillac, sous l’impulsion de Paul Martin, ces danseurs vont progressivement se structurer en « groupe des anciens » et ils vont danser lors des fêtes communales.

Origine et famille de danse

Quelques descriptions et quelques gravures attestent de la pratique d’une ronde dès la seconde partie du XIXe siècle autour de La Roche-Bernard et en pays guérandais. C’est à cause de cette répartition territoriale que Georges Paugam a retenu l’appellation « rond de Loire-Vilaine » pour désigner les différentes variantes de rond rencontrer dans ce secteur de la Loire-Atlantique. Néanmoins, rien ne certifie que la ronde collectée à partir des années 1970 était dansée de manière identique au XIXe siècle. En effet, son exécution a pu évoluer au fil des années et en fonction des générations de danseurs. George Paugam a, lors de son collectage, émis l’hypothèse que ce rond pouvait trouver ses origines dans le branle double de la renaissance.

Forme et structure de la danse

La ronde présente deux parties distinctes. Au cours de la première partie, sur une formule d’appuis de huit temps musicaux, les danseurs imprimaient à la ronde un mouvement similaire à celui des ronds recueillis en pays mitaod, d’avancée vers le centre puis de recul. Le pas est composé d’un appui tous les deux temps, les danseurs démarrent du pied gauche. Au cours de la seconde parties, les danseurs évoluent sur la circonférence de la ronde. Le pas est alors composé d’un appui tous les temps.

Tenue et mouvement des bras

On se tient par la main, les hommes ayant les mains par-dessous celles des femmes.
Première partie
Le mouvement des bras se caractérise par une montée progressive vers le haut pour redescendre ensuite, et ainsi de suite. Comme pour les pas, on peut décomposer le mouvement en quatre parties, effectuées sur huit temps musicaux. Ce mouvement étant répété tout au long de la première partie de la danse.
Sur les temps 1, 3, 5 et 7 les bras montent progressivement et ils redescendent au temps 8. On peut donner comme hauteur approximative les repères suivants : au temps 1, ils se situent à hauteur de la taille et au temps 7 à hauteur des épaules, sans les déplacer. La montée des bras est souple, avec une accentuation de l’impulsion aux temps impairs. Le mouvement est amorti, au temps 2, 4 et 6, ce qui accompagne l’allant de la danse. Lors de la descente des bras au temps 8, ils dépassent rarement l’axe du corps vers l’arrière. Cette descente permet de redonner l’impulsion au mouvement sur le temps 1.
Deuxième partie
Sur la deuxième partie, le mouvement des bras est constitué d’un balancé simple, les temps impairs vers l’avant. Le balancement est dynamique, mais non régulier. Les temps impairs sont des temps forts, avec une impulsion plus forte. Les bras ne montent pas très haut vers l’intérieur, et il n’y a pas une prise d’élan importante vers l’arrière au temps pairs.

Technique de pas

Première partie
La formule d’appuis est constituée de quatre pas, effectuée sur huit temps musicaux. Le pas des danseurs est réalisé sans élévation ni de mouvements exagérés.
Pour la description des pas ci-dessous, nous utiliserons le décompte en huit temps musicaux, tout en sachant que lors de l’apprentissage de cette danse, le décompte peut être réalisé en quatre temps correspondant aux quatre pas.
Position de départ : les danseurs sont face au centre de la ronde.
Temps 1 (premier pas) : le pied gauche se décale vers la gauche, en arrière de la ligne de danse de départ.
Temps 3 (deuxième pas) : le pied droit se pose vers l’avant en alignement du pied gauche, avec une amplitude de pas de marche moyenne. L’avancée est franche sans être exagérée.
Temps 5 (troisième pas) : le pied gauche se pose à gauche du pied droit, plus en avant que celui-ci, en le dépassant. Il ne s’agit pas d’un joint à côté du pied droit, le pied gauche effectuant également une légère progression vers la gauche.
Temps 7 (quatrième pas) : le pied droit se pose en reculant derrière le gauche, pour revenir sur la ligne de danse de départ. Le reculé est dans la même amplitude que l’avancée du temps 3.
Il y a comme en pays mitaod, une légère touche au sol du pied qui se déplace, avant que celui-ci ne se pose définitivement. Ces touchés sont effectués sur les temps pairs de la danse (temps faible d’une mesure en 2/4). Il s’agit d’une légère pose effectuée du bout du pied, sans frottement excessif. Lors de l’avancer du pied droit, celui-ci passe au niveau du pied gauche, avec un touché effectué sur le temps 2, avant d’aller se positionner en avant, sur le temps 3. De même quand le pied gauche fait son pas latéral, il y a un touché au niveau du pied droit au temps 4 et 8, avant qu’il ne se positionner à gauche au temps 5 et 1. Lorsque le pied droit revient se mettre derrière le gauche au temps 7, il y a de même, un touché à côté du pied gauche au temps 6. Parfois, le touché au sol n’est juste qu’esquissé, mais cette trajectoire particulière du pied qui se déplace est néanmoins présente.

Deuxième partie
Cette partie est réalisée de manière latérale, sur la ligne de danse. Il n’y a plus d’avancé et de reculé dans le rond. La formule d’appuis est constituée de six pas, effectuée sur huit temps musicaux. Le pas des danseurs est réalisé sans élévation ni de mouvements exagérés.
Temps 1 : le pied gauche se décale vers la gauche, sur la ligne de danse,
Temps 2 : le pied droit se pose au joint du gauche,
Temps 3 : le pied gauche se décale vers la gauche, sur la ligne de danse,
Temps 4 : le pied droit se pose au joint du gauche,
Temps 5 : le pied gauche se décale vers la gauche, sur la ligne de danse,
Temps 6 : surrection sur le pied gauche, le pied droit n’étant plus posé au sol,
Temps 7 : le pied droit se pose à l’assemblé du gauche, le pied gauche se levant dans le même temps
Temps 8 : surrection sur le pied droit, le pied gauche n’étant pas posé au sol.

Style

Cette danse s’exécute avec souplesse, avec des pas bien marqués, mais non frappés au sol. L’allure générale reste ancrée dans le sol. L’avancée dans la ronde est franche.

Variantes

La formule d’appui notée en 1945 par Bernard de Parades est légèrement différente pour la deuxième partie. Il a précisé que les danseurs effectuaient un appui par temps musical, soit huit appuis au sol dans une progression continue vers la gauche. Il n’y avait donc pas de surrection au temps 6 et 8.

Accompagnement musical

Dans toute la zone dont il est question ici, la chanson apparaît comme le support par excellence de la ronde.  La chanson est menée par un chanteur-meneur, présent dans la ronde, et est répondue par l’ensemble des danseurs. Il n’y a aucun « tuilage » entre le meneur et les répondeurs. La plupart de ces chansons ont des mesures paires (en 2/4 ou 6/8 généralement). Les chants comportent souvent deux phrases musicales (structure A/B) ou trois phrases musicales (structure A/B/C, la partie B n’étant alors pas répétée). La deuxième partie de la danse est alors réalisée sur la partie B pour une structure A/B ou sur la partie C pour une structure A/B/C. Ces chants à répondre peuvent être, soit des chansons à couplets, avec un texte qui déroule toute une histoire, soit des petites chansons « à dizaine ou en dizaine ». En fin de tradition, l’accordéon diatonique a fait son apparition et pouvait également servir à faire danser la ronde. On peut notamment citer Mr Edouard Sébilot (1905-1985) d’Herbignac, qui a accompagné et fait danser les noces de ses 16 ans jusqu’à son mariage. L’accordéon chromatique tend à son tour à le supplanter par la suite.
Les témoignages ont néanmoins évoqué, outre le chant, une tradition instrumentale encore vivante au début du XXe siècle, mais qui avait disparu au moment des enquêtes des années 1970 : la veuze. Le violon est lui aussi utilisé depuis au moins le XVIIIe dans la région. Il a fallu attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour qu’il se popularise, comme en témoigne Léon Maître qui le voit apparaître notamment à Missillac vers 1870. La veuze et le violon vont être remplacés progressivement à partir de la fin du XIXe siècle par l’accordéon diatonique. Certains sonneurs jouaient même des deux instruments, la veuze et l’accordéon pour satisfaire toutes les générations. On peut citer Edouard Sébilot qui a raconté que « quelques vieux sonneurs, comme Mahé d’Hoscas (commune de Saint-Lyphard) jouait du biniou (de la veuze) et de l’accordéon ». Mahé était d’ailleurs « plutôt spécialisé dans les ronds, les bals à tourner », tandis qu’Edouard Sébilot jouais « des polkas, des mazurkas, des scottichs et des valses parisiennes, dans le genre que jouait Clément Gouret » accordéoniste de Saint-André-des-Eaux. Il semble que l’harmonica, apparu au XXe siècle, ne fut pratiqué que par quelques joueurs.

Modes vestimentaires

Le costume porté dans le pays mitaod s’apparente aux costumes portés dans tout l’ancien comté nantais. Dès la première moitié du XIXe siècle, celui-ci diffère donc très peu pour ses mises vestimentaires de celui de Guéméné-Penfao, du Pays de Retz ou encore de la Basse-Loire jusqu’à Saint-Nazaire et même jusqu’à Redon. Costumes féminin et masculin vont très tôt évoluer en fonction des modes citadines. Concernant la coiffe, c’est la dormeuse qui va largement dominer au XXe siècle, sans pour autant être l’unique coiffe portée.

Ressources

Maître Léon, L’ancienne baronnie de la Roche-Bernard, 1893 (réédition)
Collectif, Chants et récits recueillis autour de La Roche-Bernard , Dastum/Le Ruicard, 1982
Dréan Hervé, Instant de mémoire : tradition orale populaire autour de La Roche-Bernard en Haute-Bretagne , vol. 1 à 3, Chants et musiques, 2010 à 2012, vol. 4, Histoires, contes et légendes, 2013, vol.5 Fêtes, travaux et croyances calendaires, 2014.
Clérivet Marc, Danse traditionnelle en Haute-Bretagne : Traditions de danse populaire dans les milieux ruraux gallos (XIXe-XXe siècles) , 2013.

Remerciements

Merci à Paul Martin.