Fiche de danse

Ridée du pays de Josselin

Mode de Guillac

Terroir

Porhoët

Famille de la danse

Branle ancien

Rédacteurs de la fiche de danse

Fiche de danse rédigée en 1980 et mise à jour en 2015. Fiche réalisée à partir du collectage fait le 6 janvier 1980 à Guillac, par Georges Paugam, Claude Paugam, Maryvonne Lucas et Jean Guého.

Appellation

Le terme de ridée vient des ritournelles qui sont fréquemment utilisées dans les paroles des chansons (traladeri, falaridé...). On dit qu’on va danser « la ridée » ou « à la ridée ».

Situation géographique et historique

Au XIXe siècle les habitants des environs de Guillac aimaient faire la fête.le lieu préféré des habitants pour faire des fêtes. C’est au bord de l’Yvel, et c’est la limite entre Guillac et Ploërmel. Haut lieu de marivaudage, les noms des lieux dits sont explicites « la Chatouillette », « le vert galant », « bezons », etc… C’est donc aussi la limite entre la ridée à deux coups (6 temps) dansée à Ploërmel et la ridée à trois coups (8 temps) dansée à Josselin. Une raison de plus pour que les fêtes se terminent régulièrement en bagarre.... Les gens de Josselin et ceux de Ploërmel ne s’aiment pas. C’est encore vrai aujourd’hui. En 1894, le préfet devra interdire les manifestations publiques dans cet endroit ! Les gens de Guillac font aujourd’hui la fête principalement au lieu dit « Caheran », sur la route de Josselin. Caheran est un village (dans le sens d’ici, donc un regroupement de maisons éloignées du bourg)  assez autonome, ils ont leur propre comité des fêtes, différent de celui de Guillac et y habitent les deux animateurs du secteur, le chanteur Charles Rozelier et l’accordéoniste Eugene Boixel. En plus il y a un café! La danse principale c’est la ridée bien entendu mais les gens d’ici adorent le pilé menu, qu’ils nomment la « guedillée ». Par rapport à Ploërmel ou on trouve beaucoup de petites danses en couple, ici ils sont accrocs à la ridée.... La formule de pas développée ici se retrouve à Saint- Servant-Sur-Oust, Lanouée, la Croix-Hélléan, Taupont et Guillac.

Informateurs et témoignages

Nous nous bornerons ici à indiquer l’essentiel par une pratique de ridée enseignée aux personnes représentants de groupes à Bocneuf-la-Rivière le 13 janvier 1980, en présence de quelques danseurs traditionnels. L’enquête, l’étude et l’enseignement de la ridée de Guillac ont été faits par Maryvonne Lucas et Claude Paugam, Jean Guého et Georges Paugam. L’observation de la danse le 6 janvier 1980 à Guillac portait sur une vingtaine de danseurs qui n’avaient pas été sélectionnés et se livraient spontanément à leur plaisir, sans souci d’offrir à la caméra présente un ensemble « exemplaire » pour lequel ils n’étaient pas conditionnés. II en est résulté quelques flottements, vite rattrapés, dans certains démarrages. Mise à part l’exécution par deux ou trois personnes d’une ridée différente dont nous ne pouvons tenir compte ici, les diverses interprétations personnelles, observées dans les rondes, n’ont jamais nui à leur unité fondamentale et à leur cohésion, et correspondent à la formule de pas citée par J.M. Guilcher dans ses « versions du 2e genre de laridées à 8 temps ». Cette formule de pas se retrouve à Saint-Servant-sur-Oust, Lanouée, la Croix-Hélléan, Taupont.

Occasions de danse

Tous les grands rassemblements étaient des occasions de danse, noces, fêtes, pardons, « dicorailles » (fin des gros travaux comme les battages ou les tueries de cochon), fêtes des frairies (fête autour d’une chapelle), kermesses...

Origine et famille de danse

Les différentes formes de ridées et laridés sont d’apparition récente (probablement la 2e moitié du XIXe siècle). Il est dérivé de l’hanter dro, lui-même issu du branle simple. L’hanter dro en voie d’extinction aurait été rajeuni par l’adjonction d’un mouvement de bras, et l’arrivée d’airs nouveaux.

Forme et structure de la danse

C’est impérativement une ronde, elle ne s’ouvre jamais en chaîne. Les danseurs sont face au centre de la ronde, les déplacements sont uniquement latéraux. Eviter tout simulacre d’orientation des pieds ou du corps vers le sens de la progression de la ronde. L’écartement des danseurs est à peu près celui qu’on obtient en adoptant la position de « départ ». Celle-ci consiste en cette attitude : pieds à l’assemblée (ou presque) bras tenus « arrondis », coudes vers le bas et mains levées à hauteur de la tête maximum. Positon droite mais pas raide, les articulations ne sont pas bloquées. Il n’y a pas de tension dans le corps. L’écart nécessaire est déterminé par deux facteurs :
1 - l’ampleur de progression : or le pas sera large
2 - le repliement particulier des bras  il faudra pouvoir les ramener sans gêne au temps 4 jusqu’au plan latéral. Pour évoluer à l’aise et selon les caractères de la danse il faudra maintenir une distance adéquate. En règle générale l’écartement des danseurs doit être suffisant pour laisser la place d’un corps.

Tenue et mouvement des bras

Corps droit c’est-à-dire aussi perpendiculaire au sol que possible, c’est très important, proscrire toute inclinaison même faible.
- exécution des pas bien à plat sur toute la surface des semelles avec le corps en position basse (genoux souples, sans excès).
- bras toujours tenus «arrondis», le coude ne s’efface jamais totalement donc, pas de balancements complètement relâchés, ni de bras tendus non plus, la demi-flexion est extrêmement légère, mais permanente et primordiale.Le balancement des bras sera d’ampleur moyenne, mais très vigoureuse.
Temps 1 : Premier balancement, vers l’avant...
Temps 2 : Balancement vers l’arrière (limité pour les mains à l’aplomb du corps)...
Temps 3 : Les bras reviennent vers l’avant en balancement qui monte...    
Temps 4 : ...fin de la montée, et repliement bien marqué au temps 4, en position légèrement ouverte dans le plan frontal, mains à hauteur d’épaules.
Temps 5 : Renvoi des bras vers l’avant pour amorcer la descente.
Temps 6 : Abaissement des bras prolongeant le geste précédent, (mains ne dépassant pas l’aplomb du corps)...
Temps 7 : Balancement vers l’avant (ampleur contrôlée au profit d’une énergie optimum)...
Temps 8 : Retour des bras vers l’arrière...

Technique de pas

Préliminaires de départ :
1- Les danseurs se prennent par un doigt, le majeur, index ou le petit doigt ; ils lèvent les bras et les replient, mains au niveau de la tête. Cette attitude : danseurs immobiles bras levés, qui équivaut un peu à un ultime signal, établit l’accord communautaire avec une certaine solennité, il importe peu que cette position soit rituelle ou pratique, ce qui compte c’est que les danseurs traditionnels semblent la considérer comme faisant partie de la danse, nous l’adopterons donc dans cet esprit.
2- Les danseurs, fixant leur attention sur le meneur, abaissent les bras en même temps que lui et les balancent vers l’arrière. La Ronde se mettra en mouvement ensuite en prenant immédiatement sa vitesse de croisière à un tempo de 165-168 noires-minute. Démarrage du pas par un large écart latéral de la jambe Gauche vers la gauche, l’ensemble du corps suit le mouvement.

Temps 1 : 1ere  prise d’appui du pied gauche, faisant progresser la ronde. Rapprochement du pied droit vers le pied gauche...
Temps 2 : Pose du pied droit près du gauche
Deuxième écart latéral de la jambe gauche vers la gauche, aussi large que le premier...
Temps 3 : 2e prise d’appui du pied gauche, faisant progresser la ronde. Rapprochement du pied droit vers la gauche...
Temps 4 : Pose du pied droit à proximité du gauche.
Troisième écart latéral de la jambe gauche vers la gauche, un peu moins large que les deux premiers...
Temps 5 : 3e  prise d’appui du pied gauche, faisant encore progresser la ronde. Appui gauche maintenu, rapprochement du pied droit vers le gauche.
Temps 6 : Marquage du pas, sur place, par touché de sol du pied droit, qui se relève aussitôt. Toujours sur place, passage du poids du corps d’un pied sur l’autre...
Temps 7 : Prise d’appui pied droit à l’emplacement du « marquage » précédent (sauf exception). Le corps assure son aplomb en se portant totalement au-dessus du pied droit...
Temps 8 : Appui conservé par le pied droit, gauche maintenu décollé au-dessus du sol.

Style

Les pas s’effectuent à ras de sol, bien à plat sans trainer les pieds, la progression étant rapide et ample, le corps se déplaçant avec très peu d’élévation et d’abaissement, cette danse offre une allure « filante » freinée uniquement par ses trois temps sur place (6, 7, 8) pendant lesquels on « marque le pas » (selon une expression des danseurs traditionnels).
La technique est simple :
- les pas sont exécutés à plat, avec une tenue un peu basse du corps,
- les danseurs se tiennent droits, prennent une bonne assise, utilisent la souplesse des genoux comme compensatrice de niveau pour le passage du corps d’un appui à l’autre en se déplaçant.
Cette souplesse doit être calculée, en l’exagérant on tomberait dans une élasticité verticale aussi nuisible au style de la danse que le seraient à l’inverse la raideur ou la claudication. La danse n’étant, malgré tout, pas totalement plate, il est probable que le jeu de genoux ne se limite pas strictement au rôle d’amortisseur, et qu’il participe subtilement au mouvement pour éviter tout aspect figé de l’attitude corporelle des danseurs. Il faut donc rechercher la juste mesure dans son utilisation. Si la vitesse et l’ampleur des déplacements semblent suffire à donner à cette ridée une apparence vivante, c’est surtout par les mouvements de bras que s’exprime la vie de la danse. Leur rapport avec la constance d’intensité des pulsions rythmiques (voir accompagnement) les caractérise en ce sens qu’ils sont tous empreints d’une égale tension musculaire même dans les mouvements descendants ou les balancements.
On constate en pratique :
- Que l’ampleur des mouvements de bras est conditionnée par la vitesse qu’exige le tempo - trop d’ampleur mènerait à une gesticulation outrancière - pas assez d’ampleur rendrait les gestes secondaires ou insignifiants. Les danseurs ressentent cela et vont instinctivement jusqu’au maximum possible (la réduction porte plutôt sur les balancements vers l’arrière).
- Que l’arrondi des bras (déjà signalé en début de fiche) oblige à les « tenir » en permanence au niveau du coude. Cette attitude qui reporte sur l’épaule toute la mobilité n’est pas gratuite, elle contribue au contrôle de l’ampleur et peut jouer un rôle dans la tonicité des gestes.
- Que les bras participent activement, par leur exceptionnel allant, à la motricité même de la danse. Ils entretiennent constamment une énergie qui entraîne. Leurs gestes sont sans sécheresse ni brutalité, mais toujours très fermes et pleins de tonus (parfois plus marqué dans la phase sur place au temps 7). Dans la mesure où les danseurs en assimileront le style, ces mouvements de bras leur apporteront des sensations toutes différentes de celles que peuvent procurer d’autres Laridés (notamment celui « de la côte ») et là sera l’enrichissement.

Variantes

L’unité des mouvements est imposée par la formule de base et les déplacements. Elle découle aussi d’une pratique communautaire de la danse dans un certain style. Dans ces limites, le danseur profite tout de même de son autonomie : il utilise les positions où il se trouve le plus à l’aise, pour exprimer avec sa morphologie et son tempérament propre, la danse de tous.
Au temps 4 : la prise d’appui pied droit peut se faire à différents emplacements (voir figure) à condition d’éviter tout croisement du pied arrière qui forcerait la progression de la ronde.
Au temps 6 : le « marquage » du pas au sol, par un touché de toute la semelle du pied droit, peut-être fait plus ou moins près du pied gauche. Il peut aussi aller au : touché simple, au frappé léger, parfois même, il n’est qu’esquissé chez certains danseurs (en revanche, il n’est jamais « tapé »).
Au temps 7 : la prise d’appui peut se faire soit à l’aplomb du corps, à l’emplacement du «marquage» du temps 6 , soit avec un très léger décalage vers la droite, ou un très léger décalage vers l’arrière, sans pour autant que la ronde parte dans le sens contraire du déplacement.
Nous n’avons cité que les principales variations observées en un temps et en un lieu donnés. A part celles du temps 4  où la pratique d’une façon de faire peut devenir presque majoritaire certains jours selon la composition du groupe (mais jamais totalement), les autres variations sont limitées chacune à un nombre assez restreint de danseurs pour ne pas affecter l’allure générale de la danse. Grâce à ces variations personnelles, la danse tout en gardant son unité de style, n’est jamais uniforme. II est souhaitable que les danseurs des groupes utilisent les libertés indiquées. Que chacun s’exprime dans les limites permises par la technique et le style, et vive enfin la danse dans un esprit plus proche de la tradition, dégage du modèle stéréotypé.

Accompagnement musical

Le chant est prépondérant, soliste dans la ronde, chœur reprenant sans tuilage. L’accordéon diatonique a aussi pu être utilisé (l’accompagnement biniou-bombarde est inconnu ici).
La structure des chants : contrairement aux airs de laridés de la côte, en général bâtis sur 8 temps,  parfois 12, mais toujours sur un nombre de temps pairs, nous allons avoir à faire à des structures plus diversifiées. Ces structures particulières, si elles sont plus difficiles à mettre en œuvre dans un premier temps participent à l’originalité et à la dynamique de la danse puisque le retour d’une même phrase musicale sur un même geste arrivera rarement ou avec un cycle long. Par exemple : L’ensemble du chant « Beau brin de jonc » dure 34 temps. Un cycle de danse (un pas) dure 8 temps. Un cycle du chant ne redémarrera en même temps qu’un cycle de danse qu’au bout de 17 fois le pas de base. Entre temps nous aurons toujours à faire à un chevauchement différent de la phrase musicale et du geste. Tous les temps de la danse sont forts (ou égaux) en intensité, nous n’avons plus l’alternance temps faible, temps fort courant en laridé de la côte. Toutes les pulsations sont interprétées également. De ce fait les airs d’accompagnement peuvent être pairs ou impairs. C’est ce style qui donne à la danse son aspect droit, filant, sa régularité implacable. L’interprétation du chant est primordiale pour impulser aux danseurs une bonne exécution du style. Le tempo se situe traditionnellement autour de 165-168 noires à la minute. La danse supporte malgré tout une exécution légèrement plus rapide sans en altérer le style.

Modes vestimentaires

La commune de Guillac correspond au groupe vestimentaire de Josselin-Ploërmel. La commune étant située entre ces deux villes, les deux modes se retrouvent sur le territoire de Guillac. La mode de Josselin s’étend sur la partie ouest (nord-ouest, ouest, sud-ouest), elle est limitrophe de la mode de Pontivy, Baud, Vannes (avec col et avec châle), elle a donc pu en subir quelques influences. La mode de Ploërmel quant à elle correspond à la partie est (nord-est, est et sud est), elle est limitrophe des modes de Mauron, La Trinité Porhoët, La Gacilly, Rochefort-en-Terre, Questembert et Rennes.

Ressources

Films de Francine Lancelot.
Enregistrements de Charles Rozelier (chant et accordéon).
Collectages de Yann Dour.