Fiche costume

Pays Chelgen
1900-1935

Groupe vestimentaire

Le pays Chelgen correspond au groupe vestimentaire de Landivisiau-Saint-Thégonnec et Sizun.

Situation géographique et historique

La mode présentée dans cette fiche, est celle du pays Chelgen, la zone méridionale du Haut-Léon. Celui-ci s’étend des limites du Trégor jusqu’aux confins des Monts d’Arrée. Le pays Chelgen est souvent associé au pays des Juloded (riches paysans, fabricants et/ou marchands de toiles, qui ont connu leur fortune entre le XVIe et le XIXe siècle), puisqu’ils possèdent tous les deux quasiment les mêmes frontières. Le pays Chelgen compte 26 communes : Plouédern, Pencran, La Roche-Maurice, Lanneufret, Saint-Servais, Bodilis, Ploudiry, La Martyre, Tréflévénez, Le Tréhou, Sizun, Loc-Mélar, Loc-Eguiner, Landivisiau, Guiclan, Lampaul-Guimilau, Guimiliau, Loc-Eguiner-Saint-Thégonnec, Saint-Sauveur, Commana, Plounéour-Menez, Saint-Thégonnec, Pleyber-Christ, Sainte-Séve, Saint-Martin-des-Champs et Plourin-les-Morlaix.

Costume féminin

La mode présentée ici, est celle portée par les paysannes lors des grandes cérémonies comme les mariages (mariée et demoiselles d’honneur) ou les pardons… cela en fonction du statut et du rang social de la personne. Le vêtement décrit correspond en général à celui des jeunes femmes en âge de se marier. Après la guerre 1914-1918, les femmes ont eu plus facilement tendance à suivre les évolutions de la mode, tout en conservant les codes correspondants à leur statut.

La coiffe

1900-1915

La coiffe du pays Chelgen est appelée Sparl ou Tintaman. Elle est composée de deux parties : un fond rectangulaire en filet à mailles carrées ou irrégulières et une grande bande de filet en mailles carrées et de dentelle à motif généralement fleuri  « dite de singale » ou « dentelle chimique » qui forme la visagière. Une paire de lacets plats en coton, est cousue aux extrémités des passants. Le fond et la visagière de la coiffe sont bordés de croquet, pour donner de la tenue au filet. La mode de 1900-1915 enveloppe bien la chevelure. Les cheveux sont ramassés en chignon, le ruz erez vient s’enrouler sur le tour de la tête. Il a deux fonctions : bien tirer et serrer les cheveux mais aussi maintenir la coiffe. Celle-ci est donc posée sur le ruz erez, à l’aide des deux lacets croisés que l’on serre et qui viennent se nouer sous la broderie. Le bavolet de la coiffe est alors replié pour cacher le lacet, et la visagière de la coiffe est fixée à l’horizontal.

1915-1925

La coiffe Sparl, est toujours en filet à maille carrée ou irrégulière brodée ou non pour les cérémonies. La coiffe se porte plus en arrière (le fond de celle-ci ayant un peu diminué), laissant apparaître une partie des cheveux légèrement coiffés. La visagière se redresse légèrement.

1925-1935

La coiffe se porte plus en arrière, laissant apparaître une coiffure plus travaillée pour les femmes les plus jeunes qui s’inspirent de la mode. La taille des fonds de coiffe rétrécit encore, et ceux-ci sont de plus en plus ouvragés. La visagière se redresse encore d’avantage.

Hivizen et manchous

1900-1915

L’hivizen est un corsage noir à manches en drap de laine ou de satin de coton, doublé. Il est porté près du corps et se ferme sur le devant à l’aide de crochets ou d’un lacet. Les femmes portaient par-dessus des manchous très souvent agrémentées de velours noir, de dentelle noire ou blanche, de guipure noire ou blanche, de galon métallique or ou argent, de passementerie ou d’un peu de perles… On voit parfois des manchous faites dans la même étoffe que le tablier. Ces manchous sont resserrées au poignet et plus amples sur l’avant-bras. Elles sont maintenues au niveau du coude par un lacet.

1915-1925

Les manchous sont réhaussées de dentelles noire ou blanche, de guipure noire ou blanche, de passementerie, de perles. L’hivizen ne change pas, il peut également être fait en sergé de laine, ou satin de soie.

1925-1935

L’hivizen n’évolue pas mais de nouvelles matières sont utilisées pour la confection des manches qui pouvaient être de matières plus légères telles que le crêpe et se fermaient au poignet à l’aide de boutons travaillés. Les manchous sont toujours utilisées, elles sont désormais rehaussées de perles, dentelles, marabou. Influencées par la mode, leur forme se modifie en se rapprochant de la forme dite pagode.

La jupe

1900-1915


Pour la période 1900-1915, les jupes sont très longues, portées à ras de terre. Le montage de la ceinture, est souvent en fronces régulières. Les matières le plus couramment utilisées étaient le satin de laine ou drap de laine fin. Le bas de la jupe était parfois fini par « une balayeuse » ou « un croquet », pour éviter l’usure et les salissures. Sur certaines jupes on voit des plis religieux, fantaisie qui donne de l’ampleur à la jupe. La jupe est rangée pliée à plat, donnant cette impression de plissé.

1915-1925

La jupe est confectionnée en satin de laine, sergé de laine... Son ampleur et sa hauteur ont diminué. On retrouve plusieurs modèles différents comme par exemple la jupe de coupe asymétrique, constituée de deux panneaux à l’arrière (de forme trapézoïdale) et d’un panneau (de forme rectangulaire) sur le devant. La ceinture n’est plus froncée mais pincée à l’arrière sous la taille. Le bas de la jupe peut être agrémenté de boutons, de passementerie, de guipure ou de rubans… Un autre modèle également en vogue dans les années 1915-1925 est une jupe à plusieurs panneaux, de coupe droite, froncée à la taille, le tout fixé à un large ruban garnis de baleines. On retrouve les mêmes fantaisies que sur le premier modèle. Enfin, on trouve aussi des jupes de coupe droite confectionnées en un panneau, et froncée à la taille.

1925-1935

La jupe est confectionnée en étamine de laine, velours, sergé de laine, crêpe... L’ampleur et la hauteur de la jupe continuent de diminuer. On retrouve plusieurs modèles différents comme la jupe de coupe droite, faite d’un panneau, froncé à la taille, et fixée à un large ruban garni de baleines. Il arrive également de trouver (plus rarement) des jupes légèrement perlées ou brodées

La guimpe

1900-1915

La base de la guimpe est faite sur un tissu très solide ou sur tissu amidonné, voire sur fond en papier cartonné, recouvert d’un morceau de soie ou de coton blanc ou beige. Le noir existe aussi mais il n’est pas porté pour les grandes cérémonies. A cette époque, la guimpe pouvait être perlée, mais on retrouve plus fréquemment des modèles à volants de dentelle, ou de tulle brodé ou encore plissé allant parfois jusqu’à former un jabot. Certains documents iconographiques présentent plus rarement des femmes portant des chemisiers ou des plastrons fermant au ras du cou plutôt que la guimpe. Cette mode n’est pas la plus répandue.

1915-1925

La guimpe a peu évolué. Cependant l’utilisation de la perle est plus fréquente, mais on retrouve toujours des modèles à volants de dentelle, ou de tulle brodé ou plissé. Les guimpes brodées ou peintes font également leur apparition.

1925-1935

L’ornementation de la guimpe arrive à son apogée par l’utilisation de perles et de paillettes de toutes sortes (tubes, demi-tubes, verre soufflé, cabochons, pampilles…) et de broderie à la « chenille ». On retrouve également des guimpes réalisées dans la même étoffe que le tablier (tulle ou crêpe brodé au mètre).

Le châle

1900-1915


Les châles sont en étamine de laine et de forme carrée. Selon le rang social, il peut être plus ou moins brodé au fil de soie et terminé en périphérie par un macramé réalisé en fil. Les femmes moins aisées portent des châles plus simples. Pour le poser, le châle est plié en triangle et l’on fait quatre plis (au niveau de la nuque) qui sont fixés à l’aide d’une épingle sur l’hivizen. Trois plis sont ensuite rapportés sur la poitrine (en recouvrant les côtés de la guimpe) parallèlement de chaque côté, et viennent se fixer sur le bas du ventre à l’aide d’un lacet ou d’épingles. Pour éviter que le châle ne dépasse du tablier, « les pointes » ou « les queues » sont soit relevées sur les côtés et nouées dans le dos, soit laissées en pendant sous le tablier avec les bouts noués. Le châle n’était pas uniquement noir et les couleurs étaient très variées : bleu, vert, mauve, rouge, beige, marron, jaune-or,  saumon…
La femme se mariait généralement en châle de couleur, puis elle le teignait en noir, ou en achetait un autre après la naissance de son premier enfant.

De 1915 à 1935


Le châle n’évolue pas, cependant la broderie et le macramé ne se font plus au fil de soie, mais au lacet de soie (serpentine). Le macramé se complexifie et on voit apparaître des formes de fleurs, feuilles… Le motif de broderie monte jusqu’aux épaules, et on y voit même se développer des broderies ajourées.

Le tablier

1900-1915

Le tablier est très souvent en matière plus noble que le reste du vêtement, en satin, moire, damas, taffetas, de soie, de laine ou de coton. Les ceintures des tabliers sont généralement en fronces régulières de type « tuyaux d’orgue ».
La bavette ou « piécette », de forme trapèzoïdale, est souvent très rigide à cause de la doublure de toile et du pliage du tissu. A cette époque, les fantaisies qui se faisaient sur les tabliers, étaient parfois appliquées aux trois quart du bas de celui-ci : de la passementerie, une bande de dentelle, des applications brodées... Sur la bavette on retrouve des applications, de la guipure, des perles, et du tulle brodé façon Lunéville avec des perles et des paillettes.

1915-1925

Toujours en matières plus nobles que le reste du costume, il peut être en velours (on voit apparaître des tabliers peints ou brodés), en taffetas, ou encore en coton recouvert de tulle brodé. On retrouve également des tabliers en satin, en taffetas dont le bas est garni d’une bande de tulle brodée ou de guipure et bordé de dentelle. L’ornementation du tablier se retrouve aussi sur la bavette.

1925-1935

On trouve des tabliers en satin de soie ou velours (brodé ou/et perlé), coton coloré recouvert de tulle brodé au mètre,  en crêpe brodé au mètre. Les ceintures des tabliers pouvaient être en fronces irrégulières mais plus souvent en plis plats. L’ornementation du tablier se retrouve sur la bavette.

Bijoux

1900-1915


Les femmes pouvaient porter une longue chaîne de montre avec un coulant. La montre était rangée dans la ceinture du tablier ou derrière la bavette de celui-ci, dans une petite poche. On retrouve également des broches fixées sur la guimpe. Certaines femmes portaient une chaîne de montre d’homme, fixée à un pli du châle.

1915-1925


Les bijoux portés pendant cette période sont sensiblement les mêmes que dans la période précédente.

1925-1935


Les femmes arborent des draperies, des petites chaînes avec parfois des médaillons ou des croix, des broches accroche-montre (fixées sur la guimpe), on retrouve encore quelques longues chaînes.

Costume masculin

Comme pour le costume féminin, nous étudierons ici l’habit des hommes (paysans), porté à l’occasion des grandes cérémonies ou pour le dimanche. Après la première guerre mondiale, le vêtement traditionnel a rapidement été abandonné au profit des modes citadines. Seuls les hommes les plus âgés ont conservé l’habit traditionnel jusque dans les années 1950.

La chemise à plastron et faux col amidonné

Durant cette période, il y avait deux sortes de cols : des cols hauts (4 cm environ) droits et des cols droits mais avec un décroché sur le devant ; le col pouvait être porté droit ou alors plié. Sur certaines chemises, le col était directement cousu. Le plastron de la chemise est plissé mais pouvait être plat, celui-ci était confectionné dans la même étoffe que la chemise ou en coton piqué, et pouvait parfois être brodé au niveau de la boutonnière. Les poignets de la chemise également amidonnés sont fermés en forme arrondie. La chemise n’a pas de boutons cousus, ils sont tous indépendants (sauf parfois les deux petits boutons plat qui servent à fermer l’ouverture au-dessus du poignet).

Le pantalon à pont

Au début du XXe siècle, les pantalons ont une coupe légèrement évasée dans le bas ; les étoffes utilisées pournleur confection étaient assez claires, rayées ou souvent à carreaux (type vichy ou prince de Galles). Les hommes qui ont continué à porter le vêtement traditionnel préfèrent désormais des pantalons de couleurs sombre, le reste du costume n’ayant pas évolué.

Le gilet

Le gilet (comme la veste) a gardé la coupe ancienne dite « à la française ». En drap de laine très ras et largement ouvert sur la poitrine, il est orné d’une trentaine de boutons. Seuls les deux derniers boutons servent à fermer le gilet. Ces boutons étaient brodés au fil de soie sur une rondelle de bois ou d’ardoise, la broderie formait alors une étoile à six branches. Pour les saisons plus froides, les hommes portent sous leur gilet, un gilet sans manche, ras du cou, en drap de laine noir ou en laine tricotée.

La veste

De même confection que le gilet, la veste ne se ferme pas. Ouverte sur la poitrine elle laisse apparaître les boutons du gilet. La coupe des manches est légèrement coudée, la veste a gardé les basques des vestes anciennes, les rabats de poches sont toujours présents et ont la même forme que ceux du gilet.

Le  « turban » ou gouriz

Pièce maîtresse du vêtement en pays Chelgen, en coton bleu et rayé blanc avec des carreaux, cette pièce de quatre mètres de long sur un mètre de haut, était enroulée autour de la taille en laissant toujours apparaitre les carreaux bien sur le devant entre les deux poches.

Le chapeau

Le chapeau est fait en poils de lapin ou de castor, les guides du chapeau sont en velours, ont une largeur de 7 à 8 cm, et sont resserrés par une boucle en métal. Il y a deux formes de boucle : carrée aux coins coupés, ou rectangulaire dans le sens de la hauteur. Elles pouvaient être ajourées ou ciselées selon la richesse du propriétaire. Les hommes les plus riches possédaient également un chapeau de paille pour la saison estivale.

Les bijoux

L’homme peut porter une chaîne de montre, accrochée à un des boutons du gilet, assez haut, ou alors à une boutonnière réalisée à cet effet. Une petite poche est prévue pour la ranger. Les boutons de col et de manches, sont généralement en nacre ou en laiton.

Habit du dimanche

Alors que les hommes portent sensiblement le même habit pour les grandes cérémonies que pour les dimanches, les femmes quant à elles ont une tenue différente pour cette occasion. Ainsi on retrouve les mêmes éléments que ceux décrits pour les vêtements de cérémonie, avec toutefois quelques différences. L’allure générale est beaucoup plus sobre. Cette sobriété se retrouve notamment sur le châle qui n’est ni brodé, ni frangé. Lors des périodes froides, les femmes portaient un grand châle noir ou de couleur, en lainage plus épais ou portaient une fourrure par dessus leur châle. La coiffe, souvent en tulle carré ou en filet avec une visagière bordée de dentelle ou non, n’est pas ou très peu brodée. Lors du deuil, les femmes gardent l’habit du dimanche mais portent une guimpe noire, un châle noir et un simple tablier noir. La visagière de la coiffe est laissée pendante des deux cotés du visage.

Habit de travail

Vêtements de la femme

On retrouve ici les mêmes éléments que dans l’habit du dimanche ou de cérémonie, mais le vêtement dit de travail ou de tous les jours est plus simple et surtout plus pratique. La coiffe est en coton ou en gaze, voire en drap de laine noire pour certaines occasions. Le chapeau de paille est aussi porté. Le fichu en coton ou en laine, pour tous les jours, est généralement à carreaux. Le tablier à poches est en coton. La jupe est portée plus courte qu’en habit de cérémonie, pour plus d’aisance lors des tâches quotidiennes.
Dans la période 1915-1925, la blouse en satin de coton noir ou imprimé fait son apparition pour les jeunes femmes.

Vêtements de l'homme

L’homme porte en général pour travailler, de vieux gilets de costume usés, sur une chemise plus grossière. Le gouriz ou turban est porté autour de la taille le plus souvent roulé sur lui-même. Il peut rajouter par-dessus une ample blouse noire, vêtement typique des marchands de chevaux.
Dans la période 1915-1925, l’homme ayant arrêté de porter l’habit traditionnel, il adopte également des vêtements civils pour le labeur.

Ressources

Creston René-Yves, Le costume Breton , Coop Breizh, 1993
Siou Marcel, Le pays de Landivisiau , Mémoire en images, 2005
Ecomusée des Monts d’Arrée à Commana
Musée de Sizun
Koulal Marie-Thérèse, Mémoire Lampaulaise du XXe siècle

Remerciements

Johann Bozec pour la relecture de cette fiche et le prêt de photos.
Gabrielle Inizan pour le prêt de photos et de pièces de costumes.
Fiche rédigée en novembre 2015 par Christophe Le Guern et Gwendal Jacob.