Fiche costume

Les coiffes mineures du Trégor

Groupe vestimentaire

La mode Trégorroise s’étend sur les 127 communes de l’ancien évêché de Tréguier mais également sur l’ensemble du Goëlo nord (la partie bretonnante) et sur une vingtaine de communes de la haute Cornouaille. Cette mode est d’une très grande homogénéité sur l’ensemble de ces communes et se caractérise notamment par sa coiffe de tous les jours :  la toukenn que les anciens appellent la petite coiffe. Lors des cérémonies (mariages, pardons, etc…) une autre coiffe pouvait être portée pour l’occasion : la cornette ou catiole, le nom diffère selon que l’on se trouve dans le Trégor ou le Goëlo. Ces deux coiffes sont portées dans l’ensemble de l’évêché. Néanmoins dans quelques communes du Trégor, d’autres coiffes ont été portées de façon minoritaire, à la fois par leur zone d’extension géographique et/ou par le nombre de personnes l’ayant portée. Le bonnet porté à Guingamp, la cocotte essentiellement portée sur le secteur de Plélo et Plouagat et enfin la queue de langouste à Morlaix.

Le bonnet de Guingamp

Le bonnet était essentiellement porté par les femmes de Guingamp et plus particulièrement les artisanes, ou les femmes aisées. D’après les informations que nous avons recueillies, toutes les artisanes ne portaient pas le bonnet. En effet, certaines commerçantes que l’on peut classer dans la catégorie des artisanes ne portaient pas ce type de bonnet mais plutôt la toukenn. Nous savons également que cette coiffe n’a pas été adoptée par les autres classes sociales vivant à Guingamp. Le bonnet commence à être porté par les guingampaises à la fin du XIXe siècle. Il sera abandonné peu après la grande guerre. Cette coiffe a subit très peu d’évolution en terme de dimension au cours du temps, seuls les matériaux de confection vont évoluer. D’après certains écrits, cette coiffe semblerait provenir d’une adaptation des coiffes de bourgeoises.

Matériaux et montage

Cette coiffe est composée de plusieurs éléments :
- Le bonnet, constitué d’une passe (ou visagière), sur laquelle est cousu un ou plusieurs rangs de dentelles tuyautées, d’un fond et d’un bavolet godronné.
- Un nœud ou cocarde cousu sur le fond.
- Deux mentonnières, qui dans le cas du bonnet de Guingamp était cousue directement sur le bonnet. Celles-ci sont nouées sur la poitrine par un grand nœud.

Ce bonnet était fabriqué dans différents matériaux selon les époques : mousseline, tulle puis filet. La dentelle paillée sur le devant est le plus souvent en deux morceaux, une dentelle de valencienne est cousue sur une bande de mousseline cette dernière étant montée sur le passepoil de la passe. Cette dentelle est ensuite directement tuyautée sur le bonnet avec un fer très fin. Comme pour toutes les coiffes, certains bonnets pouvaient être très simples d’autres pouvaient être finement brodés.

Coiffure

Les coiffures ont également été influencées par les modes urbaines. Tout d’abord les cheveux sont coiffés en bandeau sur le devant et en catogan sur l’arrière placé sous le bavolet godronné. Par la suite ce catogan sera remplacé par un chignon bas. A partir du début du XXe siècle les cheveux de devant vont de plus en plus se gonfler, le chignon à l’arrière va remonter se cacher directement sous le bonnet.

La cocotte de Plélo-Plouagat

La cocotte était portée essentiellement sur les communes de Plélo (seule commune rattachée au Goëlo) et de Plouagat (commune rattachée au Trégor). Quelques communes trégorroises aux alentours portaient également cette dernière (Bringolo, Châtelaudren, Lanrodec et Saint-Jean-Kerdaniel). Dans ces communes la cocotte et la toukenn se sont côtoyées sans que l’une ne s’impose par rapport à l’autre au fil du temps. Nous ne savons pas aujourd’hui réellement quelles étaient les femmes qui portaient plus particulièrement la cocotte. Paysannes, comme artisanes portaient cette coiffe. La cocotte était utilisée aussi bien en coiffe de tous les jours qu’en coiffe de cérémonie, voire même en coiffe de mariée (elle remplaçait alors la cornette). Comme la plupart des coiffes, la cocotte diminue dans ses proportions au cours du temps. Son déclin s’amorce dans l’entre-deux guerres pour ne plus être portée que de façon anecdotique après la seconde guerre mondiale.

Matériaux et montage

La coiffe est composée de différents éléments :
- Une visagière coupée en forme de trapèze sur laquelle est cousu sur la partie la plus courte du trapèze, le bonnet qui est légèrement froncé sur le haut.
- Sur la partie la plus longue du trapèze est cousue une bande de tissu (le plus souvent de la mousseline) dont les bords sont arrondis en forme de palmette.
- Sur le dessus de la visagière est montée une bande de tissu (cache lacet) (fabriqué dans le même matériau que la bande de tissu cousue sur le bord de la visagière).
- Deux brides sont cousues au niveau des palmettes à l’intérieur de la coiffe. Ces brides sont en fait des vestiges d’anciens lacets qui devaient sans doute servir à attacher la coiffe sous le menton. Aujourd’hui tous les documents en notre possession nous montrent que ces brides sont laissées pendantes sur les épaules. Lorsque la coiffe n’est pas brodée, ces brides sont des lacets de coton crantés. Lorsque la coiffe est brodée, ces lacets sont plus travaillés, ils peuvent être en dentelle, en tulle brodé ou en filet brodé. Ces brides ont eu tendance à changer de forme au cours du temps dans le cas des coiffes brodées : soit elles se sont élargies et allongées, soit elles se sont réduites. Dans les dernières modes, ces brides ont même été coupées sur les coiffes de tous les jours par commodité.

La coiffe, c’est à dire fond et visagière, était fabriquée en gaze, mousseline, tulle ou filet les matériaux évoluant au cours du temps et de la mode. Ces matériaux pouvaient être brodés. La bande de tissus et le cache lacet, sont quant à eux le plus souvent fabriqués en mousseline.
La sous-coiffe quant à elle, était tout d’abord un bonnet en toile de coton possédant deux lacets de coton se nouant sous le menton (à gauche ou à droite). Sur certains documents nous pouvons voir que certaines femmes portaient cette sous-coiffe sans lacet. Elle recouvre complètement la tête et la coiffure ne laissant apparaître que légèrement le devant de la tête. Le bonnet va par la suite être fabriqué en tulle, perdant ainsi ses lacets et recouvrant de moins en moins la coiffure. Puis il disparaît totalement, notamment pour les femmes portant les coiffes en filet à partir des années 1910-1920.

Coiffure

Les cheveux de devant étaient coiffés en bandeau, l’arrière était coiffé en catogan. Sur les modes les plus anciennes, le bonnet et la coiffe cachent le catogan. La diminution de la taille de la coiffe dans le temps, entraîne également le rétrécissement de la sous-coiffe, laissant alors de plus en plus apparaître les cheveux coiffés en catogan.
A partir des années 1910-1920, les femmes ont ajouté sur la coiffe, un ruban (dentelle fine ou lacet fabriqué en filet) légèrement amidonnée venant se lacer et former un gros nœud sur l’arrière de la coiffe.  Elément de coquetterie ? Raison particulière ? Aujourd’hui il nous est difficile de conclure quant à la raison exacte de ce rajout.

La queue de langouste

La coiffe de Morlaix ou « queue de langouste » (ou queue de homard) possède la particularité de ne pratiquement pas avoir évolué au cours du temps. Elle semble avoir pour ancêtre, la coiffe d’artisane de Landivisiau croquée par Lalaisse, forme de coiffe que l’on retrouve également sur Plouigneau tel que le dessine Lalaisse. Cette coiffe est aussi dessinée par Felix Benoist dans ces différentes lithographies réalisée dans le Trégor (Crypte de Sainte-Mélard, Pardon de Guingamp, Rue de Morlaix). Tous ces documents nous confirment le fait qu’il existait au début du XIXe siècle une très grande unité entre les coiffes portées dans le Léon et dans le Trégor. Avec le fractionnement des modes, cette coiffe d’artisane, va évoluer vers la toukenn, coiffe emblématique du Trégor, mais à Morlaix cette coiffe n’a pratiquement pas évolué. Comme l’écrit Lalaisse il est possible que cette coiffe ait été portée par les artisanes dans un premier temps. Par la suite, les paysannes/ouvrières (notamment les femmes travaillant à la manufacture de tabac) vivant à Morlaix l’ont adoptée au fil du temps laissant le port de la toukenn aux femmes des communes environnantes.
Même si comme le précise Creston cette coiffe a pu être portée aux alentours de Morlaix, Saint-Martin-des-Champs, Sainte-Sève ou Ploujean, sa zone de port va se réduire au fil du temps aux villes de Morlaix et  Saint-Martin-des-Champs.
Cette coiffe était portée pour le travail mais également pour les cérémonies voire même plus anecdotiquement par la mariée. Son déclin est accéléré par la grande guerre. Comme certains informateurs ont pu nous l’indiquer, le port de la coiffe par les jeunes Morlaisiennes était mal vu après la guerre 1914-1918.

Matériaux et montage

Cette coiffe est constituée de trois parties :
- Une passe assez étroite mais longue et de forme conique, caractérisée par sa couture en « W ».
- Sur cette passe sont cousues de chaque côté deux pièces de forme carrée, ancêtres des ailes et sur la partie la plus courte de la passe est montée la poche.
- Deux rubans permettent de resserrer la poche, ils sont suffisamment longs pour être noués sur le dessus de la tête.
- Deux brides en coton sont cousues au niveau de la jonction des ailes et de la passe et sont laissés pendantesv sur les épaules. Il est fort probable que ces brides ont pu être nouées sous le menton à une certaine époque. Dans la commune de Saint-Martin-des-Champs, les brides ne sont plus présentes. On suppose qu’elles ont été supprimées par commodité, comme on a pu le voir sur la cocotte de Plouagat. Peut-être était-ce un moyen de se différencier, aujourd’hui il nous est impossible de conclure.

Au cours du temps nous avons peu de différences de proportion entre les coiffes, la grande différence se trouve dans les sous-coiffes. En effet, sous cette coiffe une sous-coiffe était utilisée pour retenir la chevelure mais également pour donner la forme en « queue de langouste » caractéristique de cette coiffe. Cette sous-coiffe est fabriquée en toile de coton et ses dimensions sont adaptées à la tête et à la chevelure. Contrairement aux autres coiffes, cette dernière a toujours été fabriquée dans les mêmes matériaux. La passe et la poche sont fabriqués dans une toile de coton fine et dense (percale par exemple), les ailes sont quant à elles réalisées dans de la mousseline. Nous n’avons pas observé de coiffe brodée à ce jour.

Coiffure

Le devant des cheveux ont suivi la mode urbaine, tout d’abord coiffé en bandeau avec une raie centrale, les cheveux se sont de plus en plus gonflés au cours du temps. A l’arrière, les cheveux sont nattés au niveau de la nuque et remontés en catogan.

Ressources

Creston René-Yves, Le costume Breton , Coop Breizh
Lalaisse François Hippolyte, Galerie Armoricaine, Costumes et vues pittoresques de la Bretagne , Nantes, Charpentier Père et Fils, 1848
Benoist Félix, La Bretagne contemporaine , Henri Charpentier, Paris, 1865
L’Hostis Yvette, Thollas Bertrand, Le costume du Trégor Goëlo , Coop Breizh, 2015

Remerciements

Bertrand Thollas remercie chaleureusement les familles Pouliquen et Picque ainsi que Nolwenn Lachater qui lui ont généreusement ouvert leurs portes lors de ses recherches et avec qui il a beaucoup appris.
Fiche rédigée en novembre 2015 par Bertrand Thollas à l’occasion d’une journée d’étude sur le Trégor.