Fiche de danse

Gavotte Pourlet

Terroir

Pays Pourlet

Famille de la danse

Gavotte

Rédacteurs de la fiche de danse

La première élaboration et écriture de cette fiche a été réalisée 2012 par Michel Guillerme, sous la responsabilité de Marie-Hélène Conan-Le-Baron (désignée référente de cette danse par la commission danse de Kendalc’h) et avec sa participation. Cette fiche ainsi réalisée a été soumise à Naïk Raviart qui a beaucoup travaillé sur cette danse avec son père Jean-Michel Guilcher. Nous lui adressons nos plus vifs remerciements pour sa précieuse colaboration. Cette fiche a été mise à jour en 2015.

Appellation

Anciennement le terme de « gavotte » n’était pas usité et la danse était le plus souvent appelée « dro feucht » ou « dañs a ruz ». Selon Paul Le Bourlais (bibliographie), au Xe siècle, à l’époque des invasions normandes, un groupe de popula-tion des environs de la ville actuelle St Malo « aurait été transporté sur un territoire actuel de Locmalo, commune à 800 mètres de Guéméné ». Le terme de « Pourleth » ou « Pourlet » serait ainsi directement issu de celui de « Plou Aleth », c’est-à-dire le nom du diocèse de St Malo. On retrouve des allusions de ce terme dans la cité d’Aleth : Saint-Père-Marc-en-Poulet (Poulet étant la contraction de Plou Aleth, pays d’Aleth).

Situation géographique et historique

Le terroir Pourlet occupe l’ancienne juridiction de Guémené-sur-Scorff, ville qui en est le centre. Il dépend de l’évêché de Vannes et est donc de langue vannetaise.
Il comprend :
-  Au nord, les communes de Plouray (en partie), Mellionnec (en partie), Lescouët-Gouarec et Silfiac
- À l’ouest, les communes de Priziac et Meslan (en partie)
- Au sud, les communes de Berné (en partie), Inguiniel (en partie) et Bubry (en partie)
- À l’est, les communes de Séglien et Locmalo
- À l’intérieur de ce territoire, les communes de Saint Tugdual, Le Croisty, St Caradec-Trégomel, Kernascléden, Lignol, Persquen, Ploërdut, Langoëlan et Guéméné.
Soit vingt communes au total.
Les limites selon les témoignages des locaux sont assez floues. L’accord des intéressés ne se faisait pas, ou en partie seulement. Pour telle commune, les uns l’incluaient, d’autres l’excluaient et pour les communes citées «en partie», certains des informateurs les y mettaient en totalité, d’autres, pas du tout. Cette limite n’est pas forcément la même si l’on parle de langue, de costume ou de danse.

Informateurs et témoignages

Les témoignages oraux les plus anciens sur une pratique vivante sont dus aux informateurs nés entre 1862 et 1890 qu’a interrogés Jean-Michel Guilcher en 1953, 1954 et 1956, et dont sa fille, Naïg Raviart, fait état lors de conférences sur ce terroir.

Occasions de danse

Comme un peu partout ailleurs en Bretagne, tous les rassemblements festifs étaient des occasions de danse (noces, travaux collectifs, foires, pardons...). Deux pardons étaient particulièrement fréquentés par les pèlerins : ceux de Notre-Dame-de-Pénity en Persquen (1er dimanche d’août) et Notre-Dame-de-Crénénan, en Ploërdut. C’était aussi les plus célèbres pour leur danse (François Cadic).
Naïg Raviart évoque la foire de Guéméné, gros marché qui se déroulait un jeudi par mois et où l’on dansait sous la halle. Pour payer les binious, on faisait payer les danses. Les hommes qui ouvraient la gavotte en formant la petite ronde initiale payaient plus cher, trois sous, et l’on mettait un trait à la craie bleue sur leur chapeau. Les autres payaient deux sous et avaient un trait à la craie blanche.
Il s’est produit bien sûr un amenuisement de la pratique mais sans une totale rupture. Après les années de grande pratique traditionnelle (vivace avant la guerre 14/18, encore largement pratiquée par une part importante de la population lors des filmages de Jean-Michel Guilcher de 1953 à 1955), grâce surtout à l’accompagnement pratiqué (accordéon chromatique/ saxophone), on sait qu’il n’y avait de bal de noces et de pardon sans sa gavotte Pourlet jusqu’au-moins dans les années 1980. Dans les années 1970, le recteur de Pontivy, l’Abbé Blanchard, met en spectacle, pour la Kerlenn Pondi, la gavotte Pourlet.

Origine et famille de danse

La gavotte Pourlet appartient à cette grande famille des gavottes de Bretagne (une pluralité qui se développe et évolue différemment selon les terroirs), qui toutes ont pour origine le Trihory, son lointain ancêtre. L’étude, à ce niveau, qu’en a fait Jean-Michel Guilcher dans La tradition populaire de danse en Basse-Bretagne , reste la référence pour une étude plus poussée.

Forme et structure de la danse

La forme de la gavotte Pourlet est dite en «chaîne mixte». Cette forme est caractéristique et quasiment unique en Bretagne pour la danse dont nous parlons, sauf Gourin et Langonnet qui l’ont connue anciennement. Cette appellation forgée par Jean-Michel Guilcher tient à ce que les deux formes, la chaîne fermée, puis la chaîne longue se succèdent au cours de la même danse.
La danse se déroule en trois phases, tous les témoignages : ceux de Paul Le Boulais, Jean-Michel Guilcher, Naïg Raviart, Marie-Hélène Conan-Le Baron (au pardon de Pénity), ainsi que de nombreux autres témoins anonymes en témoignent.
- 1ére phase : Pendant le prélude solo de bombarde, gai et vif, véritable invitation à la danse, deux couples se rapprochent et dansent l’un vers l’autre pour former la petite ronde. Puis la ronde à deux couples évolue et c’est pendant cette phase que les deux hommes font valoir leur agilité, en exécutant des broderies dans le pas avec les décrottés (saut).
- 2e phase : Sur entente des deux couples, la petite ronde s’ouvre, simultanément, le second homme fait passer sa cavalière de sa droite à sa gauche formant ainsi une chaîne où les deux hommes encadrent les deux femmes.
- 3e phase : La gavotte continue et les autres couples s’intercalent entre les deux femmes des deux couples. La chaîne, qui serpente, peut alors aller jusqu’à 60 couples. Cette chaîne longue va continuer d’évoluer sans jamais se refermer.
Contrairement aux territoires environnants, nulle part la gavotte n’est suivie d’un bal et pourtant, en certains endroits, dont Bubry, les très vielles gens avaient entendu dire de leurs parents qu’un tel bal avait existé. Le territoire Pourlet est aux derniers temps de la tradition, celui d’une seule danse.

Tenue et mouvement des bras

A l’intérieur de la communauté en danse, l’unité de base est le couple. Ainsi, chaque homme tient sa cavalière par la main, le bras de l’homme sur le bras gauche de sa cavalière, mais en «filochant», la danse distend cette tenue très souvent.
Chaque femme se tient avec le cavalier suivant, tous les deux bras ballants (bras droit pour les femmes, bras gauche pour les hommes), par le majeur ou l’index, le plus souvent le petit doigt pour les hommes. Lorsque les danseurs effectuent le pas ordinaire, les bras ballants effectuent d’une façon non systématique un balancé arrière-avant dans la chaîne longue.
Lorsque les danseurs pratiquent le pas individuel, le mouvement de bras peut perdre de l’importance.
Particularité pour la ronde â quatre
Dès qu’elle est formée, les bras s’abaissent et on se tient par le doigt avec un balancement important des bras. Cette tenue peut être reprise dans la chaîne longue, au moment des « décrottés » éventuels.

Technique de pas

Le pas présente les caractéristiques liées à la gavotte.
- Une formule en 8 temps, commençant du pied gauche, avec une pulsation continue. C’est la succession des appuis, leur égrenage continu et régulier sur la pulsation, qui cesse sa régularité.
- Une subdivision en « 3 et 4 » pour le pas ordinaire qui peut être un appui continu sur le pied gauche (avec plusieurs interprétations pour la jambe libre), pour le pas individuel.
- A l’instar de la plupart des autres gavottes, l’appui continu est sur le pied droit en « 7-8 » pour le pas commun. Pour le pas individuel, l’appui final est sur le pied droit au 8e temps.
Le pas ordinaire est pratiqué par les femmes du début à la fin de la danse. Cependant, certaines, selon une formule de repos, éludent le changement de pas. Elles font deux pas de quatre, mais sans broderie de la jambe libre.
Les hommes, au moment où la ronde à quatre s’ouvre et jusqu’au moment où la chaîne longue est définitivement formée, avec tous les couples de danseurs, reprennent leur pas individuel. Le pas «personnel», présentant de nombreuses fioritures est uniquement pratiqué par les hommes.

Style

Surtout ce chapitre, l’étude qu’en a faite Jean-Michel Guilcher dans La tradition populaire de danse en Basse-Bretagne, représente, entre autres, une référence majeure et il est essentiel de s’y reporter. On peut retenir que « c’est pendant la petite ronde à quatre danseurs que l’ampleur et l’intensité des gestes sont les plus grandes ».
Ce qui est caractéristique est bien-sûr le « décrotté », que les deux hommes effectuent à chaque finale (8etemps). Il s’agit d’un saut vertical, le buste toujours droit, avec un choc des deux talons qui se fait sous soi ou légèrement sur le côté. Le but est naturellement de se faire remarquer le plus possible. Ils sont souvent aidés par une impulsion de leurs voisines, c’est un mouvement accompagné et non pas un blocage statique des bras de femmes pour soutenir les hommes. Les hommes soutenus par les femmes est une gymnastique récente. Le style général est rebondissant pour toute la danse. Par-contre, lors de la troisième phase, les pas s’allongent, et la danse est plus filante, les danseurs se tiennent orientés de ¾ à gauche. Lorsque la chaîne est formée, le déplacement redevient plus étroit et les fioritures, «les broderies», reprennent chez les hommes, tout ceci dans un style rebondissant. Dans cette partie de la danse, le premier et dernier couple peuvent effectuer quelques sauts et parfois les autres danseurs aussi.
Certains informateurs de Jean-Michel Guilcher ont témoigné qu’il arrivait parfois que les hommes (soit individuellement, soit tous ensemble à un signal convenu, soit même systématiquement en fin de phrases pour s’amuser) effectuent un tour complet sur eux-mêmes aux temps 7/8. Ce type de fantaisie n’est jamais devenu systématique.
La règle de courtoisie veut impérativement que celui qui a été dernier devienne premier, que les danseurs des deux extrémités, à ce qui leur semble être la mi-jeu des musiciens, décident très consciemment et délibérément de se rapprocher pour permuter. Ainsi qu’il a été évoqué plus haut, les femmes et les hommes conservent le même pas et la même pulsation du début à la fin de la danse.

Variantes

Le Tro’ leur : tour de l’air,
Une danse jeu qui vient quelque fois (mais pas systématiquement) après la gavotte Pourlet. Il ne s’agit en aucun cas d’une suite réglée.
Son origine : danse probablement issue du jibidi et adaptée à la gavotte Pourlet.
Implantation : sans doute, 1ère moitié du XXe siècle.
Danse en ronde fermée - femmes et hommes alternés - tenues entre les couples comme pour la gavotte pourlet.
La danse comporte 2 parties :
Partie A : Gavotte pourlet ordinaire pendant 16 temps, progression latérale, avec un léger mouvement de bras entre les couples.
Partie B : Arrêt de la progression, position face au centre - arrêt du mouvement de bras, changement d’appuis, pieds alternés, pendant 16 temps -
Il n’y a qu’un seul air connu pour cette danse (comme beaucoup de danses jeux) : même air chanté ou joué.

Accompagnement musical

Aussi loin que nous puissions remonter (premier tiers du XIXe siècle), le nombre et la qualité des sonneurs sont réputés. Les sonneurs « biniou-bombarde » animent noces, grands pardons, aires neuves... Toutes les occasions où la pratique du chant n’est plus suffisante, tant pour des questions de volume sonore que pour des questions de prestige.
La danse chantée jouait aussi un rôle important dans les circonstances ordinaires de vie : le dimanche après les vêpres, les foires... Le chant est, comme en pays vannetais, alterné entre le soliste (en pays Pourlet, habituellement le premier des deux garçons qui forment la petite ronde) et le chœur.
L’accordéon diatonique s’implante et se développe entre les deux guerres puis, à partir des années 30, il est supplanté par l’accordéon chromatique, souvent accompagné par le saxophone. Il se crée alors de nombreux orchestres de bal nommés les «jazz ». Ces instruments en vogue, très prisés pour animer noces et fêtes locales, dominent l’ensemble du mouvement festif. Aujourd’hui encore tous les anciens natifs du pays Pourlet et mêmes les plus jeunes se souviennent de Job Hingant dit Jobica de Langoelan, d’André Le Maguet de Silfiac, Job Hervé... ils ont été les modèles pour de nombreux jeunes accordéonistes. Le répertoire local n’est pas oublié, mais réadapté, réinterprété par ces formations. Nombre d’airs de marches ou de mélodies sont même transformées en valses et autres danses modernes.
On peut dire qu’en Pays Pourlet, il n’y pas eu de rupture de tradition musicale mais adaptation aux instruments nouveaux, pérennisant les différents airs de gavotte, et introduisant de nouveaux airs empruntés aux répertoires urbains. Rappelons que Jean-Michel Guilcher situe la limite de pratique du Jabadao à Guémené, en 1900, attribuant cette propagation de la danse aux sonneurs et à leur soif de nouveautés. La période du revival verra de nombreux sonneurs s’intéresser au répertoire.
Remarques particulières :
Il n’y a pas de structure à trois parties pour cette gavotte très émancipée de sa famille d’origine. Le style et l’expression sont libres tout en respectant la ligne mélodique, plusieurs thèmes sont enchaînés, parfois jusqu’à une dizaine (pot-pourri). L’ambitus des mélodies est plus développé que dans la gavotte des Montagnes. Le talabarder est le meneur, le couple de sonneur s’adapte aux danseurs tout en menant complètement l’ambiance et la façon dont ceux-ci vont pouvoir s’exprimer. En Pays Pourlet, une deuxième danse accompagnait parfois la gavotte  : le Tro’l leur.
Fonds musical Dastum à consulter :
Pour le chant, ont été enregistrées par Marie-Hélène Conan-Le-Baron : Mme Malardé et Mme Moroch à Bubry en 1980, ainsi que Mme Le Frappert (83 ans) qui résidait à Guern.
Quelques noms de sonneurs : Le Gall/Le Nouveau de St Tugdual - Le Gal/Le Ny de Guémené/Scarf - Péricot d’Inguiniel - Barnabé et Marcel Le Liboux de Langoëlan - Connan de Lescouët Gouarec - Louis le Gourierec dit Poch Gavr de Melrand...

Modes vestimentaires

De 1919 aux années 1950, les costumes de tout le pays Pourlet et particulièrement les atours de la « Pourletenn » se révèlent être d’une flamboyance étonnante. Ceci devient possible parce que bien des jeunes filles bousculent les classes de la société traditionnelle qui exigeait que chacun(e) reste à son rang. Ce n’est pas le cas dans les autres terroirs du Pays de Vannes.

Ressources

Guilcher Jean-Michel, La tradition populaire de danse en basse-Bretagne
Le Bourlais Paul, Guémené-sur-Scorff : Pays des Pourleths
Cadic François, Les Œuvres

Remerciements

Historique - Danse : Michel Guillerme, Marie-Hélène Conan-Le Baron
Partie variante : Marie-Hélène Conan-Le Baron
Costume : Jorj Belz
Musique : Marie-Hélène Conan-Le Baron
Ecriture de la formule d’appui : Bernard Langlois
Photographies : Jorj Belz, Marie-Hélène Conan-Le Baron, Fabienne Le Baron, Cartopole de Baud
Témoignages : Jorj Belz, Marie-Hélène Conan-Le Baron, Solange Le Baron-Crequer, Naïg Raviart
Merci à ceux qui nous ont aidé à la relecture de cette fiche : Laurent Bigot - Jacqueline Lecaudey-Le Guen - Naïg Raviart