Fiche de danse

Avant-quatre - mode du pays mitaod dit
« Quadrille des p’tits crapauds »

Terroir

Pays Mitaod

Famille de la danse

Contre-danse

Rédacteurs de la fiche de danse

Cette fiche a été rédigée en 2016 par Annaëlle Mézac et Françoise Gervaud.

Appellation

Les danseurs traditionnels locaux lui donnaient le nom de « Quadrille ». Comme un chant unique a été chanté lors des collectages pour cet avant-quatre, à savoir « Dix p’tits crapauds dans l’fond d’un puit », il a été localement baptisé « Quadrille des p’tits crapauds ». Néanmoins, comme il ne s’agit pas d’un quadrille entier, mais uniquement d’une figure d’avant-quatre, nous avons choisi de préciser la dénomination de la fiche de danse en y faisant apparaître le type de figure.

Situation géographique et historique

Cette danse est attestée sur une grande partie du pays mitaod. Géobreizh regroupe sous le territoire du pays mitaod, quatre communes : Saint-Dolay, Nivillac, Théhillac et La Roche-Bernard. Mais le territoire du mitaod est plus vaste et comprend également les communes de Férel, Camoël et Pénestin. Les nombreux collectages réalisés dans le secteur montrent que l’aire de pratique de cette danse était beaucoup plus large, et s’étendait également, en plus des 7 communes citées précédemment, sur les communes d’Herbignac et Missillac notamment, ainsi que sur la commune de Saint-Gildas-des-Bois. Il est à noter que la commune de Missillac est à la charnière entre la Brière et le pays mitaod, de même que la commune d’Herbignac l’est avec le pays métayer, la Brière et le pays mitaod. Au nord du pays mitaod, la Vilaine marque une limite physique quant à la répartition des danses et des modes vestimentaires.

Informateurs et témoignages

Les témoignages recueillis pour cette danse proviennent principalement de la commune de Saint-Dolay. Cette danse a été filmée par Soazig Noblet en 1965. Elle sera de nouveau collectée par Georges Paugam, à Saint-Dolay en 1974, ainsi que par Raphaël Garcia du Cercle Breton de Nantes. En 1974, Georges Paugam va également filmer des « anciens de Saint-Gildas-des-Bois se souvenant de quelques danses en vogue avant la guerre …. Laquelle ? » sans qu’il n’arrive à déterminer précisément les danses exécutées. Néanmoins, les danseurs vont réaliser une partie d’avant-quatre, avec les deux premières figures identiques au « Quadrille » collecté en pays mitaod.
Le chant a également été collecté à plusieurs reprises. On peut notamment citer, l’interprétation de Mr Joseph Le Clève, enregistré par le Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine le 30 janvier 1966, celui de Mr Edouard Huguet de Saint-Dolay recueilli en décembre 1975 et celui de Mme Rousse originaire de Saint-Cry en Nivillac, tous deux collectés par Hervé Dréan.

Occasions de danse

Nous ne pouvons appréhender les occasions de danse qu’à partir des témoignages des collecteurs, les écrits étant assez rares dans ce terroir. Ces témoignages nous permettent d’apprécier les occasions de danse à partir du début du XXe siècle, voir à la toute fin du 19e. Beaucoup de témoignages oraux recueillis font allusion à la pratique et aux circonstances qui permettaient l’exécution des danses : les mariages principalement, mais aussi lors des feux de la Saint-Jean, à la fin des battages et des moissons ou encore lors du Carnaval, puis par la suite lors des bals. Les occasions de danse ont plus ou moins perduré et ont évolué, même pendant la Seconde Guerre Mondiale, où l’on dansait lors de bals clandestins. Mais progressivement le répertoire dansé a évolué et le « quadrille » a été de moins en moins présent jusqu’à ne plus être dansé, car n’étant plus « à la mode ».
C’est à partir des années 1960, avec l’arrivée des premiers collecteurs, qui vont témoigner de l’intérêt pour ces danses, que les danseurs de tradition vont se remémorer ce passepied. Ainsi plusieurs anciens, qui avaient pratiqué ces danses autour des années 1920-1930, lorsqu’ils étaient jeunes adultes vont se remettre à les danser. A Saint-Dolay, mais aussi à Missillac, ces danseurs vont progressivement se structurer en « groupe des anciens » et vont danser lors des fêtes communales, comme par exemple lors de la fête des battages de Saint-Dolay. Cette fête a débuté en 1972 et a perduré jusque dans les années 1980, et il était courant de voir les anciens y présenter les différentes danses du terroir. A Saint-Dolay, les anciens ont conservé encore aujourd’hui, l’habitude de danser ces danses, lors de leurs rencontres.

Origine et famille de danse

L’avant-quatre est une contredanse. Elle est l’une des cinq figures du quadrille français, danse de bal et de salon en vogue du début du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale, à savoir :
Première figure : le Pantalon. Il est à l’origine des « avant-quatre ».
Deuxième figure : l’Eté, à l’origine des “avant-deux”
Troisième figure : la Poule.
Quatrième figure : la Pastourelle.
Cinquième figure : le Galot ou La finale.
De par son nom usuel de « quadrille » en pays mitaod, on peut supposer que cette danse, devenue autonome, ait pu être à un moment donné une figure d’un quadrille entier, comme il y en a eu « à la mode » dans les communes environnantes au début du XXe siècle. En effet, sa structuration est très proche des figures d’avant-quatre des quadrilles recueillis en pays métayer, où trois figures s’enchaînent également : un traversé, une chaîne des dames (ici remplacé par un balancé des couples en vis-à-vis) et un balancé. Pour aller dans ce sens, il est intéressant de noter le collectage dans le pays mitaod de différents airs de « Quadrille » dont des airs de pastourelle, autre figure du quadrille. Ainsi un air de pastourelle est enregistré par Lionel Lainé le 19 février 1967 à Saint-Dolay, auprès de Mr Albert Naël, sonneur d’accordéon. Hervé Dréan enregistre auprès d’Edouard Sébilot d’Herbignac, sonneur d’accordéon également, plusieurs airs de « Quadrille » dont un où il précise « ça tournait ça aussi : Et première pastourelle ! Deuxième pastourelle ! ... » (annonce du sonneur pendant la danse). Hervé Dréan a également noté les pas d’une pastourelle à Férel.

Forme et structure de la danse

Au moment de son collectage, c’est une danse automne, non intégrée à une suite de figures, qui se pratique en position de quadrette sur un double front. Le cavalier est à gauche de sa cavalière, et ils ne se tiennent pas la main.

Figure

Cette danse est composée de trois figures.
Figure 1 : traversé sur 16 temps
Sur 8 temps, on échange de place avec son vis-à-vis ; avec un pas de quatre, GDG_, DGD_, soit avec un levé pied droit, soit avec une surrection. Le départ se fait du pied gauche vers l’avant. Le retourné se fait sur les 2 derniers temps du traversé. L’homme passe à l’extérieur.
Sur 8 temps, on retraverse de nouveau, avec le même pas, pour revenir à sa place. L’homme passe alors à l’intérieur de la quadrette. On peut esquisser un salut, lorsque les vis-à-vis se croisent, au temps 4.
Figure 2 : « enroulé-déroulé » sur 16 temps
Sans interrompe le pas de marche, on s’approche de son vis-à-vis (en deux temps), en pas marché, départ pied gauche. On s’accroche au centre en position de « valse » (main droite de la femme dans la main gauche de l’homme, main gauche de la femme sur l’avant-bras de l’homme, main droite de l’homme à la taille de la femme) pour tourner dans le sens des aiguilles d’une montre sur 8 temps. Sur les 8 temps suivants, les couples déroulent le chemin inverse, en reculant, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, puis on se lâche pour rejoindre sa position de départ, en marche arrière (en deux temps).
Figure 3 : balancé sur 16 temps
On balance avec sa cavalière/son cavalier, en pas de pivot sur 16 temps, avec la même position de bras que pour la figure précédente.
Il n’y a pas d’annonce des différentes figures, elles sont réalisées en s’enchaînant.

Tenue et mouvement des bras

Lors du traversé, il n’y a pas de mouvement de bras particulier. Les bras sont le long du corps et peuvent légèrement balancer dans l’allant naturel de la danse.

Style

Il n’y a pas de style particulier pour cette danse.

Variantes

Lors du collectage filmé en 1965, l’avant-quatre collecté n’est pas exactement le même que celui collecté dix ans plus tard. En effet, la première figure, réalisée en pas marché, consiste en 2 avancés-reculés sur 16 temps (c’est à dire 1 avancé sur 4 temps, 1 reculé sur 4 temps, et cela répété 1 fois) puis un traversé sur 8 temps et de nouveau 2 avancés-reculés sur 16 temps. Puis en couple (le cavalier avec sa cavalière) est réalisé un premier balancé en pas marché de 16 temps, enchaîné à un deuxième balancé en pas de pivot de 16 temps (sans changé de sens ou de cavalière). Le film étant muet, nous ne pouvons pas savoir si cet avant-quatre était dansé sur l’air des « dix petits crapauds » ou sur un autre air, tout en sachant que l’air des « dix petits crapauds » tel que collecté n’a pas le bon nombre de temps pour réaliser la première figure.

Accompagnement musical

Dans toute l’aire de danse, le chant apparaît comme le support privilégié du « Quadrille ». La chanson était menée par un chanteur-meneur, certainement présent dans le double front, l’ensemble des danseurs reprenant le chant en réponse. Il n’y a aucun « tuilage » entre le meneur et les répondeurs. Les chants collectés sont peu nombreux, et comme beaucoup de quadrilles collectés aux alentours, un chant correspondait souvent à un type de figure. En fin de tradition, l’accordéon diatonique a fait son apparition. L’accordéon chromatique tend à son tour à le supplanter à partir des années 1930. On peut notamment citer Mr Edouard Sébilot (1905-1985) d’Herbignac, Mr Maurice Rual de Saint-Dolay, et un peu plus tard Mr Roger Evain de Missillac.

Paroles du quadrille des petits crapauds.
Dix p’tit crapauds dans l’fond d’un puits qui dansaient sur une puce.
Dix p’tit crapauds dans l’fond d’un puits qui dansaient sur une puce.
Je dis p’tit crapaud va, p’tit crapaud tu m’amuses.
Je dis p’tit crapaud va, p’tit crapaud tu m’amuses.
Je lui ai dit p’tit crapaud va, p’tit crapaud tu m’amuseras.
Je lui ai dit p’tit crapaud va, p’tit crapaud tu m’amuseras.

Modes vestimentaires

Le costume porté dans le pays mitaod s’apparente aux costumes portés dans tout l’ancien comté nantais. Dès la première moitié du XIXe siècle, celui-ci diffère donc très peu pour ses mises vestimentaires de celui de Guéméné-Penfao, du Pays de Retz ou encore de la Basse-Loire jusqu’à Saint-Nazaire et même jusqu’à Redon. Costumes féminin et masculin vont très tôt évoluer en fonction des modes citadines. Concernant la coiffe, c’est la dormeuse qui va largement dominer au XXe siècle, sans pour autant être l’unique coiffe portée.

Ressources

Collectif, Chants et récits recueillis autour de La Roche-Bernard, co-édition Dastum/Le Ruicard, 1982
Dréan Hervé, Autour de la Roche-bernard - vie et traditions paysannes, Dastum, 1985.
Dréan Hervé, Instant de mémoire : tradition orale populaire autour de La Roche-Bernard en Haute-Bretagne, vol. 1 à 3, Chants et musiques, 2010 à 2012, vol. 4, Histoires, contes et légendes, 2013, vol.5 Fêtes, travaux et croyances calendaires, 2014.
Clérivet Marc, Danse traditionnelle en Haute-Bretagne : Traditions de danse populaire dans les milieux ruraux gallos (XIXe-XXe siècles) , 2013.

Remerciements

Hervé Dréan, Yves Leblanc